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Les données climatiques en action : les zones climatiques viticoles

Date 1 septembre 2025
Auteur Frances Delaney, Centre canadien des services climatiques
Sujets Données climatiques en action
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Introduction

 

L’industrie viticole canadienne a connu une croissance constante au cours des dernières décennies, gagnant en notoriété grâce à ses cépages adaptés aux climats frais et à son vin de glace distinctif. Ses principales régions viticoles, qui s’étendent de la Colombie-Britannique à l’Ontario, en passant par le Québec et la Nouvelle-Écosse, dépendent d’une interaction complexe entre le climat, le sol et la géographie. À mesure que les conditions climatiques changent, les producteurs de vin commencent à réfléchir à la manière dont les variations de température, les précipitations et les conditions météorologiques extrêmes pourraient affecter la production de raisin, la qualité du vin et la viabilité à long terme des zones de culture traditionnelles[1].

Cet article s’appuie les ensembles de données et les outils disponibles sur Donneesclimatiques.ca pour illustrer comment on pourrait commencer à examiner les impacts potentiels des changements climatiques sur la production viticole dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, et plus précisément à Poplar Grove. Plutôt que de proposer des prévisions définitives, l’analyse montre comment les informations climatiques accessibles au public, telles que les projections futures de la température pendant la saison de croissance et du risque de gel, peuvent soutenir et inspirer les discussions sur l’adaptation et la résilience dans le secteur viticole. En utilisant les données climatiques à l’échelle locale, les producteurs, les chercheurs et les décideurs politiques peuvent mieux évaluer les conditions futures et planifier le changement.

 

Quel est l’impact des changements climatiques sur le vin ?

Température pendant la saison de croissance

Eénéral, les climats où les températures pendant la saison de croissance sont plus fraîches ont tendance à produire des vins plus légers, avec une acidité élevée et aux saveurs plus délicates. À l’inverse, les climats plus chauds donnent souvent des vins plus corsés, avec une acidité plus douce et des arômes de fruits plus riches et plus foncés[2]  (voir le tableau ci-dessous pour plus de détails). À mesure que les températures augmentent, certaines régions viticoles traditionnellement fraîches pourraient devenir plus propices à la culture de cépages intermédiaires ou chauds, déplaçant ainsi la viticulture de climat frais vers le nord. Certaines régions de la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, ont déjà connu un passage d’une viticulture de climat « frais » à une viticulture de climat « intermédiaire » au cours des 40 dernières années. [3]

Tableau tiré de : Jones, 2015. * Jones, 2015; ** Palate Club, 2025 ; ***Température moyenne pendant la saison de croissance (du 1er avril au 31 octobre)

 

Conditions météorologiques extrêmes

 

La hausse des températures et les changements climatiques pourraient entraîner des modifications dans la fréquence et la sévérité de plusieurs types de phénomènes météorologiques extrêmes à travers le pays, notamment les vagues de chaleur, les vagues de froid, les fortes pluies, les sécheresses et la grêle.

Les températures élevées accélèrent la maturation du raisin, ce qui entraîne une augmentation du taux de sucre et modifie l’équilibre entre l’acidité et les tanins dans le vin final. Lorsque les températures quotidiennes dépassent 30 °C, les vignes commencent à subir une baisse importante de la photosynthèse et de la production d’anthocyanes, ce qui peut réduire ou diluer la couleur du raisin. À 33 °C, les vignes peuvent subir une réduction significative de leur productivité, et à 40 °C, l’activité photosynthétique s’arrête complètement.[4] Au-delà des effets directs sur les vignes, les températures plus élevées augmentent également le risque de feu de forêt, autre préoccupation pour la production viticole (voir l’encadré 1).

Encadré 1 : Une menace insidieuse : la contamination par la fumée

Les feux de forêt peuvent endommager ou détruire les vignobles. Cependant, même les feux de forêt éloignés peuvent avoir un impact sur la saveur des raisins de cuve, en raison d’un phénomène appelé « contamination par la fumée ». Il s’agit du goût fumé et cendré des vins élaborés à partir de raisins qui ont été exposés à la fumée des feux de forêt pendant la phase de maturation. La contamination par la fumée peut entraîner des pertes financières considérables. Par exemple, l’Australie a perdu 400 millions de dollars australiens à cause des feux de forêt de 2020. Découvrez ici comment les

Les températures extrêmes à l’autre extrémité du spectre présentent également des risques. Les vagues de froid peuvent endommager les vignes (voir l’encadré 3 pour un exemple), tandis que trop de pluie pendant les vendanges peut fendre les baies et provoquer des maladies fongiques. Enfin, les sécheresses peuvent endommager les feuilles et les raisins, tandis que la grêle ou les orages peuvent abîmer ou endommager les raisins et réduire le rendement global et la qualité des raisins.[2]

Encadré 2 : Le gel de 2024 : les effets du gel sur les vignobles de l’Okanagan

En janvier 2024, une vague de froid intense a frappé la vallée de l’Okanagan, où les températures sont descendues en dessous de -20 °C pendant plusieurs jours. Cela a entraîné des pertes dévastatrices, avec 90 % de la production de raisins perdue. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a autorisé les vignobles à importer des raisins et du jus pour produire leurs millésimes 2024 afin de « protéger les emplois et maintenir la vitalité culturelle et économique » de l’industrie.

Pour en savoir plus: La Colombie-Britannique autorise les vignobles à importer des raisins après des pertes « dévastatrices » dues à l’hiver | Radio Canada (en anglais seulement).

 

Utilisation de Donneesclimatiques.ca pour explorer les conditions climatiques futures

 

Compte tenu du lien étroit entre la production de raisins et les conditions météorologiques et climatiques, l’accès à des données climatiques localisées constitue un outil important pour la planification à long terme dans l’industrie viticole. Au cours des prochaines décennies, en particulier dans un scénario d’émissions plus élevées, on s’attend à ce que le climat du Canada subisse des changements majeurs, augmentant les risques auxquels sont confrontés la production de raisins et la viticulture.

Pour illustrer comment les données climatiques peuvent soutenir la planification à long terme dans l’industrie viticole, nous avons utilisé la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, comme étude de cas. Plus précisément, nous avons utilisé le point de grille de 10 km sur 6 km de Poplar Grove, car cette petite zone compte environ 18 vignobles. Bien que cette analyse se concentre sur une seule région, l’approche peut être appliquée ailleurs au Canada. À l’aide des outils accessibles au public sur Donneesclimatiques.ca, nous montrons comment on peut commencer à explorer les impacts climatiques potentiels sur la culture du raisin et la production de vin dans différents scénarios futurs.

Nous avons examiné une sélection d’indicateurs climatiques pertinents pour la viticulture, notamment les températures moyennes pendant la saison de croissance, les jours de chaleur extrême (supérieure à 30 °C) et le risque de gel printanier, en utilisant des scénarios d’émissions intermédiaires (SSP2-4.5) et élevées (SSP5-8.5) de 1950 à 2100.

 

Températures moyennes pendant la saison de croissance

 

Nous avons utilisé la page Variable de Donneesclimatiques.ca pour calculer la température moyenne pendant la saison de croissance à Poplar Grove. Nous avons téléchargé les températures moyennes mensuelles pour tous les mois entre avril et octobre pour le point de grille de Poplar Grove. À partir de là, nous avons calculé les moyennes de la saison de croissance de 1950 à 2100 pour un scénario d’émissions faibles et élevées (SSP2-4.5 et SSP5-8.5, respectivement).

Figure 1 : Température moyenne pendant la saison de croissance (du 1er avril au 31 octobre) à Poplar Grove, en Colombie-Britannique, de 1950 à 2100.

Le graphique montre que les températures pendant la saison de croissance à Poplar Grove devraient augmenter au cours des prochaines décennies dans les deux scénarios d’émissions. La ligne noire représente les conditions climatiques passées basées sur des simulations de modèles, et les lignes colorées représentent l’éventail des futurs possibles, les lignes du milieu montrent la trajectoire médiane, ou « la plus probable », et les zones ombrées représentent l’éventail de variabilité attendue.

Si l’on examine la variabilité pour la période passée, l’extrémité la plus chaude de la fourchette modélisée suggère que Poplar Grove a peut-être déjà connu, depuis environ 2000, des années marquant une transition entre un climat « frais » et un climat « intermédiaire ». Au début, de telles années auraient été rares, voire inexistantes, mais elles deviennent plus plausibles à mesure qu’une plus grande partie de la zone ombrée se déplace vers la zone « intermédiaire ». Cela correspond aux conclusions de Hewer et Gough (2021), qui ont rapporté que la vallée de l’Okanagan a déjà effectué ce changement d’après les données observées.

Il est important de noter que les données historiques modélisées ne reproduisent pas exactement les conditions météorologiques quotidiennes ou annuelles telles qu’elles se sont produites. Ces données fournissent une version simulée du climat passé qui capture les tendances générales et la variabilité des conditions météorologiques observées. De ce fait, la trajectoire « la plus probable » (médiane) dans les résultats modélisés ne correspondra pas exactement aux données historiques observées. C’est plutôt la variabilité présentée dans le modèle qui englobe les résultats observés dans les registres réels, ce qui explique pourquoi la limite supérieure de la fourchette modélisée correspond au passage observé de la zone de climat « frais » à la zone « intermédiaire ». (Pour en savoir plus sur les données historiques modélisées, consultez : Données historiques modélisées — Donneesclimatiques.ca.)

Sur cette base, les projections montrent que le passage à des catégories climatiques plus chaudes à Poplar Grove n’est pas temporaire, mais qu’il est là pour durer. La trajectoire médiane, ou « la plus probable », dans les deux scénarios d’émissions atteint la catégorie climatique « intermédiaire » vers 2030, ce qui signifie que ce qui n’était autrefois observé qu’à la limite supérieure de la variabilité devient le climat typique de la région.

À partir de là, l’éventail des possibilités s’élargit. La médiane dans le scénario à faibles émissions continue d’augmenter progressivement, pour atteindre environ 16,5 °C à la fin du siècle. Poplar Grove reste dans la catégorie « intermédiaire » dans ce scénario. Dans le scénario à émissions élevées, la médiane augmente beaucoup plus fortement, passant dans la catégorie « chaud » dans les années 2060 et approchant les 20 °C à la fin du siècle, ce qui place la région dans la catégorie « très chaud » et la rend propice aux cépages adaptés aux climats les plus chauds.

Ces chiffres reflètent le point de grille de 10 km sur 6 km pour Poplar Grove. Au sein de ce point de grille, les « microclimats » façonnés par l’altitude, la pente, les plans d’eau et d’autres caractéristiques locales peuvent donner lieu à plusieurs catégories climatiques au sein d’un point de grille.  Dans ce cas, l’utilisation des valeurs de changement (également appelées « valeurs delta » sur Donneesclimatiques.ca) en conjonction avec les données historiques spécifiques au site peut fournir des projections plus précises du climat futur au niveau local.

 

Chaleur extrême

 

Pour évaluer le stress thermique, nous avons examiné le nombre de jours où la température pourrait dépasser 30 °C à Poplar Grove d’ici 2100. 

Figure 2 : Nombre de jours où la température dépasse 30 °C à Poplar Grove dans les scénarios d’émissions moyennes et élevées (SSP2-4.5 et SSP5-8.5, respectivement).

Le graphique montre que le nombre de jours où la température dépasse 30 °C à Poplar Grove devrait augmenter dans les deux scénarios d’émissions. Historiquement, la région a connu environ 17 jours de ce type par an (soit environ 2,5 semaines). D’ici la fin du siècle, dans un scénario à faibles émissions, ce nombre pourrait passer à environ 45 jours (soit environ 6,5 semaines) et jusqu’à 75 jours (plus de 10,5 semaines) dans un scénario à émissions élevées, soit une augmentation d’environ 58 jours (environ 8 semaines supplémentaires de chaleur extrême chaque année). Cette augmentation substantielle suggère que les risques liés à la chaleur, tels que la réduction de la photosynthèse et le stress thermique des vignes, pourraient devenir beaucoup plus fréquents.

 

Gel printanier

 

Nous avons également examiné le risque de gel printanier en examinant le nombre projeté de jours où la température minimale descend en dessous de 0 °C pendant la saison de croissance. Cela est important, car les vignes exposées à des températures inférieures à zéro peuvent subir des dommages au niveau de leur croissance végétative, et les gelées sévères (en dessous de -2,2 °C) peuvent réduire considérablement les rendements.

Figure 3 : Nombre projeté de jours avec une température minimale inférieure à 0 °C pendant la saison de croissance (du 1er avril au 31 octobre) à Poplar Grove dans les scénarios d’émissions moyennes et élevées (SSP2-4.5 et SSP5-8.5, respectivement).

Dans l’ensemble, un climat plus chaud se traduira par une diminution du nombre de jours où la température est inférieure à zéro pendant la saison de croissance (du 1er avril au 31 octobre) à Poplar Grove, en moyenne. La figure 3 montre que le nombre de jours de gel diminuera à l’avenir, avec aucun jour en dessous de 0 °C vers 2065 dans un scénario à émissions élevées, et moins d’un jour par saison de croissance dans un scénario à faibles émissions d’ici 2100.

 

Mesures d’adaptation

 

Les viticulteurs canadiens adoptent déjà toute une série de stratégies d’adaptation au climat pour relever les défis spécifiques à leur région.[5] Certaines de ces mesures comprennent, sans s’y limiter :

  • Planter et tester des cépages mieux adaptés aux conditions plus chaudes et plus tolérants à la sécheresse.
  • Créer des voiles d’ombrage pour fournir davantage d’ombre.
  • Planter à des altitudes plus élevées ou dans des zones plus fraîches.
  • Améliorer la gestion des maladies et appliquer des fongicides.
  • Améliorer les technologies d’irrigation et de drainage.
  • Planter des cultures de couverture.

Pour découvrir d’autres exemples d’adaptation dans l’industrie viticole, lisez cet article de Poirier et al., 2021 (en anglais seulement). Pour découvrir un exemple d’adaptation de l’industrie viticole au Canada, consultez le projet AgriRisk de la Nouvelle-Écosse et découvrez comment ils ont développé des outils de cartographie pour aider les viticulteurs : AgricRisk : Gestion des risques dans le secteur de la vigne et du vin en Nouvelle-Écosse.

 

Conclusion

 

Alors que les changements climatiques continuent de façonner le climat canadien, en particulier dans un scénario à émissions élevées, les viticulteurs devront faire face à une série de défis nouveaux et en constante évolution. Des variations de température pendant la saison de croissance à l’augmentation des pics de chaleur et à l’évolution des risques de gel, l’avenir de la viticulture au Canada dépendra de la capacité à anticiper et à s’adapter aux conditions climatiques locales.

Cet article montre comment les outils accessibles au public sur Donneesclimatiques.ca peuvent faciliter ce processus. En explorant les données spécifiques à Poplar Grove, dans la vallée de l’Okanagan, nous montrons comment on peut commencer à évaluer les impacts climatiques potentiels sur la culture du raisin et la production de vin. Ces outils permettent aux utilisateurs de visualiser les projections au niveau du point de grille (10 km sur 6 km), des bassins versants ou des municipalités, ce qui peut aider les producteurs, les chercheurs et les planificateurs à prendre des décisions éclairées sur les stratégies d’adaptation, du choix des cépages à l’ajustement des pratiques de plantation.

[1] Agriculture et Agroalimentaire Canada. 2023. Aperçu statistique de l’industrie fruitière du Canada, 2024.

[2] Jones, G. 2015. Climate, Grapes, and Wine. Consulté le 5 juin 2025 sur: GuildSomm International.

[3] Hewer, M. and Gough, W. 2021. Climate change impact assessment on grape growth and wine production in the Okanagan Valley (Canada). Climate Risk Management. DOI: https://doi.org/10.1016/j.crm.2021.100343.

[4] Hewer, M., & Brunette, M. 2020. Climate change impact assessment on grape and wine for Ontario, Canada’s appellations of origin. Reg Environ Change 20, 86 (2020). https://doi.org/10.1007/s10113-020-01673-y

[5] Poirier, E., Plummer, R., & Pichering, G. 2021. Climate change adaptation in the Canadian wine industry: Strategies and drivers. Canadian Geographies.  https://doi.org/10.1111/cag.12665

[6] Palate Club. 2025. Wine & Weather: The Best Climate for Grapes. Consulté le 27 juin 2025 sur : https://www.palateclub.com/climate-for-grapes/.