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Système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes : principaux épisodes de chaleur de l’été 2025

Date 30 Décembre 2025
Auteur Aaron Tamminga, Division de la recherche climatique (DRC), Environnement et Changement climatique Canada
Sujets Renseignez-vous sur les changements climatiques, Nouveauté à noter
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Introduction

En 2025, la chaleur a touché les Canadiens dans tout le pays. À l’échelle nationale, il s’agit du 11e été le plus chaud jamais enregistré depuis 1948, ce qui reflète un réchauffement estival à long terme de 1,8 °C au cours des 78 dernières années1. Cependant, l’expérience sur le terrain a varié d’une région à l’autre. Les différences dans le moment, la durée et l’intensité des fortes vagues de chaleur ont influencé leur impact sur les systèmes de santé, les infrastructures, les risques d’incendies de forêt et la vie quotidienne des Canadiens. Les épisodes de chaleur extrême à l’échelle régionale sont de plus en plus fréquents et sévères en raison des changements climatiques causés par l’homme.

Chaleur extrême, alertes de chaleur et vagues de chaleur

Lorsque les températures sont beaucoup plus élevées que la normale pour un endroit et une période de l’année donnés, on parle généralement de « vague de chaleur extrême » ou de « canicule ». Pour la santé publique et la planification d’urgence, Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) et ses partenaires du secteur de la santé utilisent des critères spécifiques pour émettre des alertes de chaleur. Ces critères tiennent compte de la chaleur pendant la journée, du peu de répit pendant la nuit, de la durée de la chaleur exceptionnelle et, dans certaines régions, de l’impact de l’humidité sur le stress thermique (décrit par l’indice Humidex).

Lorsque les seuils sanitaires sont atteints pendant deux jours consécutifs ou plus, ECCC et ses partenaires en matière de santé publique émettent des avertissements de chaleur et activent les systèmes d’alerte et d’intervention en cas de chaleur. Ces systèmes sont conçus pour protéger les Canadiens en déclenchant des mesures telles que l’ouverture de centres de rafraîchissement, la vérification de l’état des personnes vulnérables et la diffusion de conseils sur la manière de rester en sécurité.

Les épisodes de chaleur extrême de l’été 2025 décrits dans cet article seront familiers à beaucoup de gens, car ils ont souvent coïncidé avec des alertes de chaleur. Cependant, les événements analysés ici sont définis de manière légèrement différente de ceux basés sur les critères des alertes de chaleur axées sur la santé. Plus précisément, les événements ci-dessous se caractérisent par des températures maximales quotidiennes moyennes, calculées pour chacune des 17 régions utilisées dans cette analyse à l’échelle du Canada, qui dépassent la température du jour le plus chaud typique de l’année pour la région concernée. Une fois caractérisés, le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes est utilisé pour déterminer si le changement climatique causé par l’homme a modifié la probabilité que ces épisodes de chaleur se produisent dans ces régions.

Le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes

Afin de comprendre comment les émissions générées par les activités humaines ont un impact direct sur les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les épisodes de chaleur, les scientifiques de la Division de la recherche sur le climat de l’ECCC ont mis au point le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes. Ce système utilise des modèles climatiques avancés et des observations pour comparer trois climats : les conditions préindustrielles des années 1800, le climat actuel et un climat futur projeté reflétant un réchauffement climatique supplémentaire. Immédiatement après la survenue d’un événement extrême, les scientifiques peuvent comparer la probabilité qu’un tel événement se produise dans chacun des trois climats (préindustriel, actuel et futur) et calculer le changement de probabilité dû au changement climatique causé par l’homme. En fournissant des informations sur les causes et la probabilité des événements extrêmes, le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes permet une meilleure planification en cas d’urgence météorologique, facilite la prise de décisions visant à protéger la santé, la sécurité et les biens, et éclaire les efforts d’adaptation aux changements climatiques.

Le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes divise le Canada en 17 régions. Le système fonctionne tous les jours et utilise un critère de déclenchement basé sur un seuil annuel correspondant à la journée la plus chaude typique de l’année sur une période de référence de 1991 à 2020 pour définir les épisodes de chaleur. Lorsque la température maximale quotidienne (moyenne pour une région) dépasse la température maximale annuelle moyenne pour cette région entre 1991 et 2020, le système identifie automatiquement un épisode de chaleur et calcule l’impact de l’influence humaine sur le climat sur la probabilité de cet épisode*. L’analyse d’attribution se concentre sur la température maximale pendant l’événement, mais pour ajouter un contexte pertinent, la durée de l’événement est définie sur la base d’un seuil saisonnier correspondant au nombre de jours ayant dépassé le 90e centile des températures maximales quotidiennes pour cette période de l’année. Les résultats sont présentés sous forme d’une déclaration de probabilité sur une échelle allant de « considérablement moins probable » à « considérablement plus probable », chaque déclaration correspondant à une valeur numérique de probabilité/risque. Par exemple, un événement d’une ampleur donnée jugé beaucoup plus probable dans le climat actuel en raison du changement climatique est au moins 2 à 10 fois plus susceptible de se produire dans le climat actuel que dans le climat préindustriel des années 1800.

Chaleurs de l’été 2025 à travers le Canada

L’été dernier, le changement climatique d’origine humaine a influencé les épisodes de chaleur dans de nombreuses régions du Canada. Au total, 12 vagues de chaleur ont été identifiées par le système, dont 11 ont été jugées beaucoup plus probables et une considérablement plus probables (au moins 10 fois plus probables) en raison du changement climatique d’origine humaine. La carte ci-dessous montre l’événement le plus extrême identifié pour chaque région (huit événements au total, car seul l’événement le plus intense est indiqué pour les régions ayant connu plusieurs événements ; les régions grises n’ont pas connu de vague de chaleur répondant aux critères définis par le système pour un événement de chaleur).

Des épisodes de chaleur notables se sont produits dans l’ouest du Canada au début et à la fin de la saison estivale, avec une vague de chaleur à la fin août et au début septembre. L’est du Canada a connu une période de chaleur courte mais intense plus tard dans l’été, avec des températures élevées à la mi-juillet et en août, notamment un épisode dans le Canada atlantique qui a eu l’influence humaine calculée la plus forte sur la probabilité parmi les 12 événements. Le nord du Canada a également connu des vagues de chaleur au début et à la fin de l’été, avec des événements au Yukon en juin et dans les Territoires du Nord-Ouest à la fin du mois d’août.  

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Le tableau ci-dessous présente l’ensemble des 12 événements avec des informations supplémentaires sur les températures, ainsi que l’évaluation actuelle de la probabilité et une évaluation de la probabilité décrivant dans quelle mesure un événement de même ampleur serait plus probable dans un climat futur avec un réchauffement climatique de 2 °C. Bien que les températures maximales indiquées dans le tableau puissent ne pas sembler extrêmes, il s’agit de valeurs moyennes pour chaque grande région ; certaines zones au sein de chaque région ont connu des températures maximales beaucoup plus élevées lors de chaque événement. Le système se concentre également uniquement sur les températures diurnes pour l’analyse d’attribution; les risques pour la santé liés à une humidité élevée ou à des températures nocturnes élevées ne sont pas pris en compte, bien qu’ils accompagnent souvent les événements énumérés ici.

L’événement ayant atteint la température absolue la plus élevée s’est produit dans le sud du Québec, avec un pic de 29,3 °C calcul en moyenne à l’échelle de  la région le 11 août, tandis que l’événement le plus long s’est produit dans le nord de la Colombie-Britannique,  et a duré 18 jours, du 23 août au 9 septembre. Avec un réchauffement climatique inférieur à 2 °C à l’avenir, les événements extrêmes deviendront globalement plus fréquents ; dans ce cas, deux événements devraient passer de « beaucoup plus probables » à « considérablement plus probables », tandis que 10 événements resteront dans la même catégorie de probabilité.

Région Période de l’épisode de chaleur Date du maximum de température Température maximale quotidienne (°C) Température maximale quotidienne normale (°C) Écart au-dessus de la normale (°C) Probabilité actuelle (comparée à l’ère préindustrielle) Probabilité future avec un réchauffement de 2 °C (comparée à l’ère préindustrielle)
Fort Smith, Territoires du Nord-Ouest 24 au 31 août 30 août 25,5 13,9 11,6 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Alberta 28 au 31 mai 29 mai 28,8 17,5 11,3 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Sud de la Colombie-Britannique 23 août au 7 septembre 3 septembre 27,1 16,8 10,3 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Nord de la Colombie-Britannique 23 août au 9 septembre 29 août 23,5 13,9 9,6 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Canada atlantique 7 au 14 août 13 août 28,4 18,8 9,6 Considérablement plus probable Considérablement plus probable
Alberta 25 au 31 août 28 août 28,8 19,5 9,3 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Sud du Québec 7 au 13 août 11 août 29,3 20,2 9,1 Beaucoup plus probable Considérablement plus probable
Nord du Québec 10 au 13 juillet 11 juillet 24,2 16,7 7,5 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Canada atlantique 10 au 15 juillet 13 juillet 25,6 18,5 7,1 Beaucoup plus probable Considérablement plus probable
Nord du Québec 6 au 9 août 7 août 23,8 16,8 7,0 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Yukon 20 au 23 juin 21 juin 22 15,5 6,5 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable
Fort Smith, Territoires du Nord-Ouest 30 juillet au 1 août 31 juillet 25,2 19,2 6,0 Beaucoup plus probable Beaucoup plus probable

Exemple de vague de chaleur : Canada atlantique, du 7 au 14 août

L’épisode de chaleur ayant eu la plus forte influence humaine (considérablement plus probable ou au moins 10 fois plus probable en raison du changement climatique) au cours de l’été 2025 s’est produit dans le Canada atlantique du 7 au 14 août, avec une température maximale moyenne de 28,4 °C dans la région le 13 août. Cette vague de chaleur était associée à des conditions inhabituellement sèches: une faible humidité du sol peut entraîner des températures d’air plus élevées en modifiant le bilan énergétique de la surface et peut également augmenter le risque d’incendies de forêt . Les incendies ont provoqué des évacuations et des dégâts dans toute la région, et la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve, a connu sa plus longue alerte de chaleur jamais enregistrée : sept jours consécutifs.

La série de figures suivante montre comment le système d’attribution rapide des événements météorologiques extrêmes identifie et analyse un événement de chaleur, en prenant comme exemple l’événement survenu dans le Canada atlantique. La première figure montre une carte des anomalies de température (définies comme la différence entre la température maximale quotidienne de la date analysée et celle de la période de référence 1990-2021) à travers le Canada pour le jour le plus chaud de l’événement. Ces anomalies de température sont dérivées du produit de réanalyse ERA52, qui utilise un modèle météorologique ainsi que des observations pour fournir un aperçu spatial complet des conditions climatiques dans l’histoire récente. Au plus fort de l’événement, les conditions chaudes se sont étendues à une grande partie de l’est du Canada. Les anomalies de température dans la région mise en évidence du Canada atlantique ont dépassé 10 °C au-dessus de la normale dans de nombreuses régions, avec des conditions beaucoup plus chaudes que d’habitude, en particulier à Terre-Neuve-et-Labrador.

La deuxième figure montre une série chronologique des températures maximales quotidiennes absolues observées (Tmax ) à partir des données ERA5 en juillet et août, moyennées sur la région du Canada atlantique. La ligne de seuil annuel représente le critère de déclenchement permettant d’identifier un événement, calculé comme la température maximale annuelle moyenne (jour le plus chaud de l’année) pour la région entre 1991 et 2020. Dans le cas de la vague de chaleur du début août, ce seuil a été dépassé du 8 au 13 août, comme l’indique la zone ombrée en rouge foncé. Après l’événement, les dates de début et de fin définitives sont déterminées en fonction du seuil saisonnier, qui est calculé comme le 90e centile des températures maximales quotidiennes de la période 1991-2020 pour les dates concernées, comme l’indique la zone ombrée en rouge clair. Sur la base du seuil saisonnier, l’événement a duré du 7 au 14 août.

Pour déterminer l’influence du changement climatique d’origine humaine sur cet événement, le système d’attribution compare l’évolution de la distribution des températures du jour le plus chaud de l’année (par rapport à la période 1991-2020) entre les climats préindustriels, actuels et futurs simulés. Ces distributions proviennent d’ensembles climatiques multimodèles issus de la phase 6 du Projet d’intercomparaison de modèles couplés (CMIP6)3 pour chaque période. Le graphique ci-dessous montre les distributions des anomalies de température maximale pour le Canada atlantique pour chaque période, sur la base de 27 modèles CMIP6. À mesure que le climat modélisé se réchauffe, passant des conditions préindustrielles aux conditions actuelles puis futures, la distribution des anomalies de température maximale se déplace vers la droite. Ce déplacement indique une augmentation des températures globales ainsi qu’une probabilité accrue de chaleur extrême, qui se produit à l’extrême droite de chaque distribution. L’anomalie de température maximale quotidienne la plus élevée observée par rapport à la journée la plus chaude moyenne de l’année pour la région entre 1991 et 2020, selon les données ERA5 pour l’événement du Canada atlantique, était de 4 °C et est représentée par la ligne noire verticale. Dans les conditions préindustrielles, un événement avec une anomalie de 4 °C est extrêmement rare et dépasse presque la limite supérieure de la distribution. Dans les conditions climatiques plus chaudes actuelles, un tel événement se situe toujours dans la partie supérieure de la distribution, mais il est beaucoup plus probable. À mesure que le climat continue de se réchauffer à l’avenir dans le cadre d’un réchauffement climatique mondial de 2 °C, la distribution continue de se déplacer vers des températures plus chaudes et un événement présentant une anomalie de température de 4 °C est tout à fait dans la fourchette des conditions modélisées, ce qui signifie qu’il devrait se produire plus fréquemment.

En raison de la différence de probabilité (indiquée par la zone ombrée sous chaque distribution) entre le climat actuel et le climat préindustriel, il a été déterminé que l’événement survenu dans le Canada atlantique était au moins 10 fois plus probable dans le climat actuel en raison des changements climatiques causés par l’homme, ce qui correspond à une déclaration de probabilité « considérablement plus probable ». Les valeurs de la fourchette de probabilité/risque et les déclarations de probabilité sont communiquées pour l’événement à l’aide de graphiques à échelle indicatrice, comme illustré ci-dessous. 

Conclusion

Le système d’attribution rapide des événements météorologiques extrêmes fournit des informations précieuses sur le rôle que joue le changement climatique d’origine humaine dans les événements météorologiques extrêmes. Le système a été lancé en 2024 en mettant l’accent sur les épisodes de chaleur extrême ; l’analyse des épisodes de froid extrême (qui sont de moins en moins fréquents) a été ajoutée en 2025 et un nouveau système pilote pour l’attribution des précipitations extrêmes a récemment été mis en place. Les scientifiques d’ECCC continuent d’apporter des améliorations afin de renforcer le système à mesure que de nouvelles capacités sont testées et que davantage de données et de recherches deviennent disponibles. À mesure que le système poursuivra son fonctionnement, un ensemble de données précieuses sur les événements survenus au fil des ans sera constitué, ce qui permettra d’avoir une perspective à long terme sur l’évolution des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les épisodes de chaleur décrits dans cet article, à travers le Canada. En établissant un lien entre les événements extrêmes et les changements climatiques d’origine humaine dans le climat actuel et en projetant les probabilités d’événements extrêmes à l’avenir, le système permettra aux Canadiens de mieux comprendre les risques météorologiques extrêmes dangereux et coûteux, de s’y préparer et d’y réagir.

Pour plus d’informations

Visitez le site Web Attribution des phénomènes météorologiques extrêmes d’Environnement et Changement climatique Canada pour en savoir plus. Visitez Donneesclimatiques.ca pour en savoir plus sur les changements climatiques futurs, explorer des cartes interactives et analyser comment les vagues de chaleur extrêmes deviennent plus fréquentes et plus sévères selon différents scénarios d’émissions.

 

*Le critère déclenchant un événement de chaleur a été mis à jour entre 2024 et 2025, de sorte que le système est passé de l’analyse des extrêmes saisonniers (extrêmes pour cette période de l’année) à l’analyse des seuls événements extrêmes annuels (extrêmes par rapport à la journée la plus chaude typique de l’année). Pour cette raison, les résultats de 2024 et 2025 ne sont pas directement comparables.

Références

1 Bulletin des tendances et des variations climatiques – Été 2025. (2025). Environnement et Changement climatique Canada. Bulletin des tendances et des variations climatiques – Été 2025.

2 Hersbach, H., Bell, B., Berrisford, P., Hirahara, S., Horányi, A., Muñoz‐Sabater, J., … & Thépaut, J. N. (2020). The ERA5 global reanalysis. Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society, 146(730), 1999-2049.

3 Eyring, V., Bony, S., Meehl, G. A., Senior, C. A., Stevens, B., Stouffer, R. J., & Taylor, K. E. (2016). Overview of the Coupled Model Intercomparison Project Phase 6 (CMIP6) experimental design and organization. Geoscientific Model Development, 9(5), 1937-1958.