Sous la chaleur : changements climatiques, variabilité du climat et Coupe du monde de la FIFA 2026 au Canada

Date 22 avril 2026
Auteur Edward Beard; Pacific Climate Impacts Consortium
Sujets Données climatiques en action, Santé, Prévisions saisonnières à décennales
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Introduction

Nous sommes le 17 juillet 1994. Le titre « I Swear » du groupe All-4-One est en tête des classements musicaux mondiaux. Bill Clinton est président des États-Unis. Et Roberto Baggio, l’attaquant vedette de l’Italie, se tient les mains sur les hanches, son regard fixé sur la pelouse, sous le soleil brûlant de Californie et les yeux de plus de 94 000 personnes braquées sur lui. Il vient de rater le dernier tir au but de la finale de la Coupe du monde de la FIFA 1994 au Stade Rose Bowl de Pasadena, offrant ainsi à ses adversaires brésiliens leur quatrième titre mondial.


Ce fut le moment décisif de la dernière Coupe du monde masculine de la FIFA disputée en Amérique du Nord. Cependant, à l’approche de la Coupe du monde de la FIFA 2026 – coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique –, un autre aspect de USA 94 retient toute l’attention : la chaleur [1, 2, 3].


Lors de USA ’94, les joueurs avaient qualifié les conditions de « dangereuses » [4]. Au cours des décennies qui ont suivi, la menace n’a fait que s’intensifier ; l’année dernière encore, le Forum économique mondial a qualifié la chaleur extrême de « risque climatique le plus meurtrier de notre époque » [5]. Cette évolution mondiale explique l’inquiétude croissante qui entoure le tournoi de cet été. Mais quel impact ont réellement eu les changements climatiques sur les températures dans les villes hôtes canadiennes ? À quel point les villes sont-elles plus chaudes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient dans les années 1990, et cela signifie-t-il que cet été est voué à être caniculaire ?

Évolution des températures à long terme à Toronto et à Vancouver

Le vendredi 12 juin 2026, le premier match de la Coupe du monde masculine disputé sur le sol canadien aura lieu au Toronto Stadium. Cinq autres matchs se dérouleront à Toronto et sept à Vancouver.


Les données de station de l’AHCCD montrent que dans ces deux villes, la température maximale moyenne en journée pour les mois de juin et juillet est aujourd’hui (2001-2025) d’environ 1 °C plus élevée qu’il y a 30 ans (1971-2000). Cela peut sembler une faible augmentation, mais la hausse des températures moyennes s’accompagne d’une augmentation de la fréquence et de l’intensité des températures extrêmes. Par exemple, le Climate Explorer (en anglais seulement) du Pacific Climate Impacts Consortium (PCIC) montre qu’entre 1971 et 2000, on s’attendait à ce que les températures lors d’un épisode de chaleur extrême survenant une fois tous les 20 ans atteignent environ 33 °C à Vancouver et 36,5 °C à Toronto. Entre 2011 et 2040, ces températures passeront respectivement à environ 35 °C et 38,5 °C (dans tous les scénarios d’émissions). Par conséquent, en raison des changements climatiques, les températures moyennes et extrêmes dans les villes hôtes du Canada ont augmenté depuis les années 1990, et les projections des modèles climatiques indiquent que cette tendance se poursuivra à court terme.


Cependant, le climat étant naturellement variable (voir encadré 1), une augmentation à long terme des températures moyennes et extrêmes ne signifie pas nécessairement que les températures en juin et juillet 2026 seront plus élevées qu’elles ne l’ont été au cours des dernières décennies. Pour évaluer cela au mieux, nous devons examiner un autre type de données climatiques : les prévisions saisonnières.

Encadré 1 : Variabilité naturelle du climat

L’outil de visualisation des anomalies climatiques (en anglais seulement) du PCIC nous apprend que, tandis que Baggio cuisait sous le soleil au stade Rose Bowl en juillet 1994, la Colombie-Britannique (C.-B.) connaissait elle aussi un mois de juillet particulièrement chaud. Cependant, comme le montre la figure 1, les températures en juillet 1993 et juillet 1995 ont été toutes deux plus fraîches que la normale en C.-B. Cela s’explique par le fait que le climat est naturellement variable, ce qui signifie que les températures (et d’autres conditions, comme les précipitations) fluctuent d’une année à l’autre et d’une saison à l’autre (un peu comme la forme des footballeurs). Pour tenir compte de cela et distinguer les signaux clairs du bruit, les scientifiques utilisent généralement des moyennes sur 30 ans afin de différencier les changements climatiques de la variabilité naturelle du climat. Par conséquent, les projections climatiques fournissent des informations fiables sur les changements à long terme des conditions climatiques, mais elles ne peuvent pas être utilisées pour déterminer les conditions pour des jours, des mois, des saisons ou des années spécifiques dans le futur. Pour plus d’informations sur la différence entre le météo et le climat, la variabilité naturelle du climat et la détection des changements climatiques, consultez la section « Science du climat 101 » de la Zone d’apprentissage sur Donneesclimatiques.ca.

Figure 1 : Captures d’écran de l’outil « Climate Anomaly Viewer » du PCIC montrant les anomalies moyennes des températures maximales en Colombie-Britannique pour les mois de juillet 1993, 1994 et 1995 par rapport à la période de référence 1971-2000.

Prévisions saisonnières pour l’été 2026

En janvier 2026, des prévisions saisonnières ont été ajoutées à Donneesclimatiques.ca. Ces prévisions permettent de combler l’écart entre les prévisions météorologiques à court terme et les projections climatiques à long terme, offrant ainsi aux utilisateurs des informations sur la probabilité que les conditions des saisons à venir soient plus chaudes, plus fraîches, plus sèches ou plus humides que la normale1. Pour plus d’informations sur l’élaboration, la disponibilité et l’application des prévisions saisonnières, consultez la page de renvoi S2D sur Donneesclimatiques.ca.

À environ deux mois de la Coupe du monde, les prévisions saisonnières pour mai à juillet 2026 indiquent qu’il y a 90 % de chances que la température moyenne à Vancouver soit plus élevée que la normale2. À Toronto, la probabilité que la température moyenne de mai à juillet 2026 soit plus élevée que la normale est de 72 % (fig. 2).

Les prévisions saisonnières sur Donneesclimatiques.ca nous permettent également de déterminer la probabilité de températures moyennes « exceptionnellement élevées » – où « exceptionnellement élevées » signifie au moins aussi élevées que les 20 % de températures moyennes les plus élevées enregistrées entre mai et juillet entre 1991 et 2020. À Vancouver, cette probabilité est de 77 %, et à Toronto, elle est de 55 % (fig. 3). Il est donc probable que les températures moyennes soient exceptionnellement élevées pendant la Coupe du monde au Canada.

Il convient de noter que l’habileté de la prévision pour toutes les probabilités fournies indique que la prévision saisonnière constitue un meilleur indicateur que la climatologie historique. À mesure que le tournoi approche et que des prévisions actualisées sont publiées, ce niveau d’habileté restera identique ou s’améliorera légèrement.

Compte tenu du lien entre des températures moyennes élevées et la chaleur extrême, les organisateurs du tournoi, les équipes participantes, ainsi que les villes et sites d’accueil pourraient envisager de se préparer à des températures élevées qui affecteront la Coupe du monde de cet été. Par exemple, des mesures proactives pourraient inclure l’évaluation des besoins en infrastructures de rafraîchissement, la vérification de la disponibilité immédiate d’ombre et d’eau pour les spectateurs, ainsi que l’évaluation par les équipes participantes d’ajustements potentiels de leurs tactiques et stratégies de remplacement.

1. La normale correspondant aux conditions moyennes pour la période 1991-2020.

2. Données prévisionnelles au 1er avril 2026.

Figure 2 : Captures d’écran de la carte de prévision saisonnière disponible sur Donneesclimatiques.ca, indiquant la probabilité que les températures moyennes de mai à juillet 2026 dépassent la gamme normale à Vancouver et à Toronto.

Figure 3 : Carte de prévision saisonnière pour la période de mai à juillet 2026 indiquant la probabilité que la température moyenne au Canada soit inhabituellement élevée ou inhabituellement faible par rapport à la période 1991-2020. Les zones blanches n’ont pas de résultat de prévision clair. Les hachures indiquent les zones pour lesquelles le système de prévisions saisonnières n’a pas ou une habileté faible pour les prévisions de mai à juillet publiées en avril.

L’avenir du football

Si l’on se projette plus loin dans l’avenir, l’outil « Climate Explorer » du PCIC montre qu’en cas de maintien des émissions mondiales à un niveau élevé, les températures lors d’un épisode de chaleur extrême (survenant une fois tous les 20 ans) à Toronto devraient dépasser les 40 °C d’ici le milieu du siècle (SSP5-8.5). Par ailleurs, à Vancouver, le rapport Projections climatiques pour la ville de Vancouver : rapport fait saillant (en anglais seulement) du PCIC montre que dans les années 1990, il y avait 5 % de chances que les températures dépassent 33 °C au cours d’une année donnée, et que d’ici le milieu du siècle, ce chiffre passera à près de 50 % (SSP5-8.5). De plus, les projections Humidex sur Donneesclimatiques.ca indiquent que dans ces deux villes, la hausse des températures s’accompagnera d’une augmentation de l’humidité, ce qui aggravera les effets sur la santé humaine. Par conséquent, les changements climatiques mettront à l’épreuve la capacité de nombreuses villes nord-américaines à accueillir en toute sécurité des événements sportifs estivaux à l’avenir. Pour réussir ce test, elles doivent devenir résilientes face à la chaleur croissante.