0 min 1 s
Martin
Je m’appelle Martin Payette, je suis spécialiste en recherche et transfert des connaissances dans le domaine de l’adaptation aux changements climatiques. Je travaille chez Ouranos, un organisme partenaire de Donneesclimatiques.ca.
Je vis dans une ville touchée par des vagues de chaleur, des pluies torrentielles et des inondations, en plus des cycles de gel-dégel qui causent des ravages dans les rues. Je travaille dans un bureau et, la plupart du temps, mon travail n’est pas directement affecté par ces aléas climatiques. Mais pour les agriculteurs qui cultivent de la nourriture dans les champs, les conditions météorologiques extrêmes et les saisons de culture difficiles sont bien plus qu’un simple inconvénient : elles affectent leurs moyens de subsistance.
Ce qui soulève la question suivante : quand tant de choses dépendent de facteurs sur lesquels on n’a aucun contrôle, comment planifier en prévision d’un climat en changement?
Ce balado explore comment passer d’ici à là, de la situation actuelle à celle que nous souhaitons, en examinant l’adaptation au changement climatique dans divers secteurs, ainsi que les façons dont les données climatiques peuvent nous rendre plus résilients en tant que société. Cet épisode est consacré à l’agriculture. Plus précisément, nous aborderons comment on peut renforcer la résilience grâce à l’agriculture régénérative. Noter que les opinions exprimées dans cet épisode ne reflètent pas nécessairement celles de Donneesclimatiques.ca ou de ses partenaires.
Aujourd’hui, nous recevons Alanna Carlson et Keaton Sinclair, deux jeunes agriculteurs qui ont décidé de bâtir un avenir durable pour eux-mêmes et leur ferme, et peut-être même d’ouvrir la voie pour leur famille et leur communauté. Voici Keaton, qui se joint à nous de sa ferme située dans le centre de la Saskatchewan.
1 min 40 s
Keaton
Ayant grandi dans une ferme mixte de céréales et d’élevage bovin, j’étais, tu sais, passionné par l’agriculture; j’y participe depuis l’âge de 12 ans. Conduisant un camion de céréales et m’occuper du bétail, des poulets, des cochons et d’autres animaux aussi. Je n’ai pas manqué un seul semis ni une seule récolte depuis plus de 20 ans.
Bonjour, moi c’est Keaton Sinclair, agriculteur de quatrième génération et ingénieur. J’ai grandi près de Fiske, en Saskatchewan, où je me suis concentré sur les pratiques régénératrices sur notre ferme céréalière. En ce moment, je suis vraiment passionné par la ferme et je souhaite m’y consacrer pleinement afin de la développer pour les générations à venir.
Alanna
Je m’appelle Alanna Carlson, je suis l’épouse de Keaton, et je suis avocate et entrepreneure. Je dirige une entreprise de consultation. Je travaille aussi à la ferme avec Keaton. Je viens d’Outlook, en Saskatchewan. J’ai grandi sur une ferme céréalière où nous menions de nombreux projets de recherche. J’ai en quelque sorte essayé de devenir une fille de la ville… mais je n’ai pas pu rester loin de la ferme.
Martin
Keaton a acheté une parcelle de terre agricole à un voisin, qu’il utilise pour s’habituer à gérer ses propres terres, à prendre des décisions concernant les cultures, la vente, la commercialisation et tout ce qui touche à la gestion d’une petite ferme. Mais les débuts ont été difficiles.
Keaton
J’ai commencé à cultiver mes propres terres il y a maintenant cinq ans. La première année, j’ai semé des pois verts sur tout le champ, et un nuage est arrivé de nulle part, un gros nuage sombre qui a déversé de la grêle sur tout le champ. Tous les pois ont été éjectés de leurs gousses et se sont retrouvés par terre. Disons que ça a été une année très difficile pour commencer.
Puis, l’année suivante, et celle d’après, même pendant les trois années suivantes, nous n’avons pas eu de pluie du tout et les récoltes ont été très difficiles ces années-là. La troisième année où nous cultivions, c’était tellement sec que je n’ai même pas sorti la moissonneuse-batteuse dans le champ. Il n’y avait pratiquement plus qu’un tas de tiges. C’est là que j’ai compris qu’il était temps d’apporter des changements.
Alanna
J’ai grandi dans une région considérée comme la capitale canadienne de l’irrigation; la plupart des champs de cette région sont donc très plats et situés près d’un grand barrage doté d’un réseau de canaux où l’on peut payer pour recevoir de l’eau, que l’on pulvérise ensuite sur ses champs à l’aide de grands pivots rotatifs. Ce n’est absolument pas possible sur les terres que nous cultivons, car elles sont très, très vallonnées et parsemées de roches.
Martin
Keaton et Alanna ont compris rapidement que le climat auquel ils faisaient face n’allait pas faciliter l’exploitation de leurs terres. S’ils voulaient rendre leur ferme durable avec le budget d’un jeune couple, ils devaient aller au-delà de nombreuses pratiques agricoles conventionnelles qu’ils tenaient pour acquises.
Alanna
On avait entendu parler d’autres pratiques régénératrices. En fait, mon beau-frère s’y était intéressé, tu sais, en lisant des livres, en suivant des cours et tout ça, du point de vue de l’élevage. Mais beaucoup de ce qu’il apprenait s’appliquait aussi très bien à l’agriculture. C’était un peu notre introduction. On a donc commencé à en discuter davantage avec lui et avec d’autres personnes. Un Noël, j’ai offert à Keaton une pile de livres, et c’est un peu là que tout a commencé : on s’est mis à s’intéresser à la santé du sol, aux micro-organismes et aux taux d’infiltration de l’eau. Et il a commencé à faire des essais avec différentes techniques dans son champ.
Keaton
Oui, on a commencé en pleine sécheresse; notre objectif était donc essentiellement de trouver comment tirer le meilleur parti de nos précipitations et de les stocker dans le sol. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chercher des moyens d’y arriver. De fil en aiguille, ça nous a conduits vers les pratiques régénératrices, qui s’articulent autour des six principes de la santé des sols.
Martin
Ces principes peuvent varier selon les personnes à qui l’on parle, mais ce qu’ils ont tous en commun, c’est l’objectif de préserver la santé du sol et de restaurer le fonctionnement de l’écosystème. Ils comprennent donc des choses comme une perturbation minimale du sol, le fait de garder le sol couvert, la promotion de la biodiversité sur les terres, et aussi le maintien de racines vivantes dans le sol tout au long de l’année. On peut également recourir au pâturage du bétail pour améliorer le cycle des nutriments. Et enfin, mais surtout, il faut planifier en fonction du contexte spécifique de sa terre.
Keaton
Je dirais que ce qui m’a vraiment motivé, c’est de parler avec ma tante. Ma tante est professeure à l’Université de l’Alberta; elle est très impliquée dans les relations avec les Autochtones et connaît très bien l’histoire et les établissements métis. Elle a été un vraiment bon modèle pour nous encourager à revenir à nos racines.
Alanna
C’est très important pour nous d’essayer de participer à cette restauration de la terre.
6 min 40 s
Martin
Mais la restauration des terres peut s’avérer compliquée lorsqu’on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Les conditions climatiques peuvent varier considérablement d’une saison de croissance à l’autre, et on s’attend à ce que certains types de phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus dangereux. C’est là qu’une meilleure connaissance des données climatiques à long terme peut s’avérer utile pour les agriculteurs qui souhaitent devenir plus résilients..
Keaton
En tant qu’ingénieur, j’aime beaucoup les chiffres, et je m’appuie beaucoup sur les données. En tant qu’ingénieur en structure, nous concevons maintenant plus souvent des infrastructures qui seront plus résilientes face aux phénomènes météorologiques extrêmes, en nous adaptant au climat ou à ces phénomènes. Pour les agriculteurs, je pense qu’on n’en parle pas assez.
Alanna
Oui. Par exemple, quand on parle de données climatiques, malheureusement, beaucoup de secteurs, y compris l’agriculture, ne se tournent pas vers l’avenir. Ils ne tiennent pas compte des données que ces excellents chercheurs et praticiens ont recueillies et présentent. Et s’ils pensent aux données climatiques, ce sont les données historiques qui leur viennent à l’esprit, n’est-ce pas? Ils pensent donc à ce qui s’est passé dans les années 70 et 80, voire dans les années 30, n’est-ce pas?
Les gens sont donc très conscients des changements climatiques, du fait qu’il y a davantage de sécheresses et d’événements météorologiques extrêmes. Comme beaucoup de gens ne sont pas informés des projections, ils continuent essentiellement à fonctionner comme avant.
8 min 11 s
Martin
Ces projections sont accessibles aux agriculteurs. Donneesclimatiques.ca est l’une des nombreuses ressources mises à la disposition des Canadiens et Canadiennes pour leur permettre de trouver les données dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées concernant l’avenir.
Permettez-moi de vous présenter Elaine Barrow. Elle est scientifique climatique et travaille au Centre canadien des services climatiques, une division d’Environnement et Changement climatique Canada, qui est un partenaire de Donneesclimatiques.ca.
Alors, que disent les projections climatiques pour l’avenir possible des Prairies?
Elaine
Eh bien, on s’attend à ce que la tendance au réchauffement observée continue de s’accentuer. L’ampleur exacte de cette tendance dépendra toutefois de la trajectoire d’émissions que nous suivrons, ce qui dépend évidemment de nos activités futures. Il existe donc une certaine incertitude quant à la trajectoire précise que nous emprunterons.
Martin
Quand Elaine parle de trajectoires ou de scénarios d’émissions, elle fait référence à des futurs possibles. Chaque scénario envisage une fourchette différente d’émissions de carbone, ce qui influe ensuite sur la voie que prendra l’humanité, en tenant également compte de facteurs technologiques, socioéconomiques et politiques.
Elaine
Toutefois, si nous continuons sur notre trajectoire actuelle, on s’attend à des températures maximales plus élevées en été; ces maximales diurnes seront donc plus élevées d’environ trois à six degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Cela signifie que nous devrions connaître davantage d’épisodes de chaleur extrême et que, pendant ces épisodes, il nous sera plus difficile de trouver un peu de répit de la chaleur la nuit, car les températures nocturnes seront également plus élevées.
Martin
Donc, globalement, il fera plus chaud, ce à quoi on s’attend, bien sûr, mais nous parlons d’agriculture et les cultures ont besoin d’eau. Comment les précipitations vont-elles évoluer dans les Prairies?
Elaine
En ce qui concerne les précipitations annuelles, nous prévoyons de légères augmentations, en particulier dans le nord de la province. Cependant, en été, même si nous observons de légères hausses des précipitations, lorsque nous combinons cela avec les températures plus élevées, nous nous attendons à un assèchement dans l’ensemble des Prairies et à une augmentation des conditions de sécheresse, voire à des sécheresses de plus grande sévérité.
Ainsi, selon le scénario similaire que j’ai décrit pour les autres variables et indices, nous nous attendrions à observer entre trois et sept épisodes de sécheresse de grande sévérité au cours de la période de 20 ans marquant la fin de ce siècle.
10 min 44 s
Martin
Voilà ce que les données et les experts nous indiquent de s’attendre pour les Prairies. Revenons maintenant à Keaton.
Keaton
Il semble qu’il y aura des périodes de sécheresse plus longues ou des périodes de pluie plus longues. Je suppose donc que, dans un cas comme dans l’autre, l’objectif est d’atténuer ces effets en renforçant la résilience du sol, en essayant de s’adapter à ces changements climatiques en mettant l’accent sur la santé du sol. Cela se traduira ensuite par de meilleures plantes, de meilleures récoltes et une rentabilité élevée au fil des ans.
Il s’agit là, je suppose, d’une approche à plusieurs volets de la planification à long terme.
11 min 20 s
Martin
Nous entendrons davantage Alanna et Keaton plus tard dans l’épisode. Pour l’instant, passons à Asha Nelson, de ClimateWest. ClimateWest est un organisme qui soutient l’adaptation dans les Prairies et qui est un partenaire clé de Donneesclimatiques.ca.
Asha
Je m’appelle Asha Nelson. Je suis coordonnatrice de projet chez ClimateWest. ClimateWest est un organisme sans but lucratif qui œuvre en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Notre mission est d’aider les municipalités, les Premières Nations, les organismes et les entreprises à comprendre leurs risques climatiques et à se préparer à y faire face. Nous comprenons que l’information sur le climat peut sembler très complexe et assez intimidante pour les gens; c’est pourquoi nous nous considérons en quelque sorte comme des traducteurs de cette information.
Nous recueillons des données climatiques et nous les synthétisons notamment par le biais de nos produits d’information et des webinaires que nous organisons. Nous souhaitons vraiment faciliter la collaboration et l’échange de connaissances. En matière d’adaptation aux changements climatiques, nous avons vraiment besoin que toute la société s’implique; c’est pourquoi une grande partie du travail de ClimateWest consiste à rassembler les gens pour qu’ils partagent leurs connaissances, qu’ils découvrent certaines des approches innovantes les plus récentes en matière d’adaptation aux changements climatiques, propres aux Prairies, et que nous favorisions réellement cette collaboration afin que les participants repartent de ces rencontres avec davantage de confiance pour poursuivre ce travail.
Martin
Alors, quel genre de solutions novatrices ClimateWest observe-t-il dans le secteur agricole?
Asha
Je pense que n’importe qui travaillant dans le secteur agricole vous dira que ce sont les agriculteurs qui connaissent le mieux leurs terres. Ils savent ce qui fonctionne pour eux. Nous avons l’occasion d’apprendre et de nouer des liens avec des personnes travaillant dans l’ensemble du secteur agricole ici, dans la région, ce qui nous a permis d’apprendre et de mettre en valeur certaines de ces solutions que nous observons concrètement sur le terrain pour faire face à certains risques climatiques dans l’agriculture.
L’une de ces stratégies, à mon avis, qui émerge et prend vraiment son essor dans la région, c’est l’agriculture régénérative. En bref, l’agriculture régénérative consiste à travailler avec la nature pour aider à restaurer la santé des écosystèmes et des sols. Dans les Prairies, nous sommes confrontés à des défis croissants en matière de disponibilité de l’eau; il est donc essentiel de restaurer la capacité du sol à absorber l’eau en cas d’inondation, ainsi qu’à retenir l’humidité en période de sécheresse, ce qui rend l’agriculture régénérative de plus en plus intéressante pour les agriculteurs de la région.
Ce qui est formidable, c’est que, selon moi, l’agriculture régénérative ne se résume pas nécessairement à un ensemble de pratiques rigides. Elle est beaucoup plus souple que cela. En fait, elle repose en quelque sorte sur un ensemble de principes qui peuvent s’appliquer à un large éventail d’exploitations agricoles, en fonction, en quelque sorte, des besoins variés de leurs écosystèmes.
Martin
Ce sont les mêmes principes que Keaton a mentionnés plus tôt.
Asha
Certains de ces principes consistent notamment à réduire au minimum la perturbation des sols et à maintenir une couverture végétale. Je pense toutefois qu’il est important, lorsque nous parlons d’agriculture régénérative, de reconnaître qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une idée nouvelle. Depuis des siècles, depuis des temps immémoriaux, les peuples autochtones travaillent en harmonie avec la nature pour développer des pratiques agricoles vraiment innovantes, fondées sur la nature, dont je pense que nous pouvons encore tirer des leçons aujourd’hui.
14 min 50 s
Martin
L’agriculture régénérative repose en grande partie sur l’expérimentation; comme l’ont dit Asha, Alanna et Keaton, les terres de chaque agriculteur sont différentes. Elles ont leurs propres besoins, leurs particularités et leur climat, et c’est l’agriculteur qui les connaît le mieux et qui peut faire des essais en s’appuyant sur les connaissances qu’il a acquises. Keaton et Alanna n’ont pas simplement ouvert un manuel sur l’agriculture régénérative. Quand on examine leur parcours, on constate qu’il est marqué par une recherche constante de ce qui fonctionne pour eux.
Keaton
Tu sais, on a commencé par essayer la culture intercalaire, en plantant deux cultures différentes en même temps, dans le même champ. Elles se complètent, partagent les nutriments, et ça favorise l’infiltration de l’eau grâce à la présence d’un plus grand nombre de racines dans le champ, dans le sol. Ça permet donc de mieux tirer parti des précipitations, qui sont déjà limitées chez nous. Ça a plutôt bien fonctionné, et je pense qu’on affine notre approche chaque année en testant différents types de cultures et en les associant entre elles.
Alanna
Dans le cadre de notre expérience de culture intercalaire, le père de Keaton était en train de faucher ce champ…
Martin
L’andainage est une méthode qui consiste à couper la culture lorsque la graine est presque mûre, puis à la disposer en andains pour la faire sécher avant la récolte.
Alanna
— où nous avions une culture unique.
Keaton
Nous avions des lentilles en monoculture, puis nous avons pratiqué la culture intercalaire de lentilles et de moutarde.
Alanna
Oui. Il maniait la faucheuse-andaineuse, et il y avait tellement de mauvaises herbes dans cette section. Il a terminé cette section, puis est passé à la culture intercalaire de lentilles et de moutarde juste à côté, et il n’en revenait pas de voir à quel point il y avait peu de mauvaises herbes. Donc, grâce à cette concurrence que nous avons créée, où les lentilles poussaient, et les plants de moutarde en formant une sorte de spirale, il y a très peu d’espace pour les mauvaises herbes. Tu sais, c’est un milieu concurrentiel.
Cette culture intercalaire a donc donné naissance à une végétation dense et touffue, dont les plantes poussaient ensemble dans une relation symbiotique. Et il y avait très peu d’espace pour que les mauvaises herbes poussent. Il a donc pu constater très clairement la différence devant lui. Et il n’en croyait pas ses yeux : c’était tellement plus facile de faucher.
En effet, avec la monoculture, il devait s’arrêter toutes les demi-heures ou toutes les heures pour remplacer certaines des, disons, « lames » situées à l’avant de la faucheuse qui coupaient les plantes. Mais lorsqu’il est passé à la culture intercalaire, la fauche est devenue beaucoup plus facile, ce qui lui a évité d’avoir à remplacer ces pièces d’équipement.
Keaton
Oui, cet ancien agriculteur traditionnel s’est laissé convaincre. Il ne veut plus jamais cultiver de lentilles seules.
17 min 25 s
Martin
Une autre expérience intéressante concernait, croyez-le ou non, les cloisons de gypse.
Alanna
L’une des premières expériences marquantes menées par Keaton concernait le gypse, ce qui, à notre connaissance, n’avait jamais été fait auparavant dans la région.
Keaton
Encore une fois, nous avons fait ce qu’on pouvait avec notre budget limité. J’ai trouvé des plaques de gypse recyclées provenant d’une usine de gypse à Saskatoon, et on les donnait gratuitement. Il y avait une zone où le sol était alcalin et présentait une teneur en sodium élevée, et nous avons épandu les plaques sur toute cette zone. Nous avons obtenu de bons résultats : dès la première année, la culture a poussé à travers les plaques.
Auparavant, il n’y avait généralement pas de récolte à cet endroit, ou alors une récolte très maigre. Et cette année-là, les cultures avaient bien poussé, directement à travers les plaques. C’est alors que nous avons remarqué une énorme différence avec le gypse : il semblait fixer le sodium et aérer le sol, permettant ainsi aux racines et aux cultures de se développer.
Martin
En combinant ce genre d’approche expérimentale avec l’analyse des micronutriments dans le sol, ils parviennent à déterminer ce qui fonctionne.
Keaton
Je prélève beaucoup d’échantillons. Je fais donc des prélèvements de sol tout au long de l’année ou à l’automne. Nous effectuons également des analyses de sève et des analyses de tissus végétaux en saison. Ça nous aide vraiment à prendre les décisions nécessaires pour rétablir l’équilibre du sol et celui des plantes. En réalité, nous nous concentrons non seulement sur les carences en nutriments, mais aussi sur les excès de nutriments.
Et c’est là que nous mettons toujours l’accent sur l’équilibre. Comment équilibrer notre sol, ainsi que sa composition en éléments nutritifs et en minéraux? Ça ne se limite pas toujours aux macronutriments, comme l’azote, le phosphore, le potassium et le soufre. Une grande partie de notre attention porte sur les micronutriments, car ce sont eux qui favorisent l’aération du sol, lui apportent davantage d’oxygène et assurent un cycle approprié.
Il s’agit de créer cet équilibre pour que votre sol fonctionne correctement, de développer le système racinaire des plantes et d’assurer une composition nutritive élevée dans les plantes.
Martin
Ils ont également expérimenté des approches plus novatrices et se sont appuyés sur des analyses de sol pour suivre les résultats.
Alanna
Pour ce faire, nous fabriquons notamment nos propres engrais et notre propre compost. Par exemple, Keaton a en ce moment même un seau de poisson et de mélasse en train de fermenter au sous-sol, et ça ne dégage aucune odeur. Je crois que le processus de fermentation dure environ huit mois pour que le mélange soit bien prêt. Ce n’est qu’un seau de cinq gallons, mais une petite quantité suffit déjà pour faire beaucoup.
Nous allons donc faire des essais avec ce mélange au printemps. Nous allons également fabriquer notre propre thé de compost. Il a tout un plan pour ça, que nous allons mettre en œuvre.
Keaton
Disons qu’on s’attend à des années pluvieuses. On va probablement avoir beaucoup de ruissellement cette année. On ne va probablement pas semer beaucoup de lentilles rouges. On va faire quelques ajustements. Et avec les cultures intercalaires et la diversité de la rotation, on devrait pouvoir faire preuve de souplesse et se dire : « Bon, peut-être qu’on devrait semer des cultures plus résistantes dont on sait qu’elles pousseront. » Elles résisteront à davantage d’épisodes pluvieux. Il y aura peut-être aussi de la chaleur. Peut-être allons-nous cultiver davantage de céréales, comme le blé ou le blé dur, ou nous concentrer sur des graines oléagineuses comme le canola ou la moutarde. Je pense donc qu’il s’agit simplement d’avoir cette souplesse en diversifiant la rotation, de disposer de semences pour prendre ces décisions avant les semis et de rester flexible.
Ainsi, on ne suit pas toujours une recette toute faite : « Voici la graine que je cultive. Voici l’engrais que je dois épandre. » Et ça ouvre en quelque sorte davantage de possibilités pendant la saison de croissance pour vos cultures.
21 min 20 s
Martin
Lorsqu’on s’engage dans ce processus d’exploration et d’expérimentation, il est utile de pouvoir s’appuyer sur des données météorologiques pour les saisons à venir, et les prévisions saisonnières à décennales constituent un moyen d’accéder à ces informations.
Hayley
Je m’appelle Hayley Dosser et je suis spécialiste en sciences physiques. Je travaille sur les prévisions saisonnières à décennales au Centre canadien des services climatiques. Les prévisions saisonnières à décennales, en gros, nous renseignent sur les conditions qui sont susceptibles de prévaloir au cours des prochains mois, des prochaines saisons, voire jusqu’à une décennie. Ce que nous faisons avec Donneesclimatiques.ca, c’est produire des prévisions pour les trois prochains mois, ainsi que des prévisions pour des périodes glissantes de trois mois au cours des 12 prochains mois, et les rendre un peu plus utiles pour la prise de décision et la planification. D’ici environ un an, nous espérons également pouvoir proposer des prévisions décennales.
Les prévisions saisonnières sont particulièrement utiles lorsque vous devez prendre une décision pour laquelle il serait avantageux d’avoir une idée de ce à quoi ressemblera la saison dans son ensemble. Elles ne peuvent donc pas vous dire quel temps il fera un jour ou une semaine en particulier au cours de cette saison, mais elles vous donnent une idée de la tendance générale de cette saison.
Faut-il s’attendre à des températures nettement supérieures à la normale? Faut-il s’attendre à des précipitations nettement plus abondantes que la normale? Ce genre de choses. Les prévisions décennales, quant à elles, couvrent en fait des périodes de cinq ans. Elles portent donc sur les cinq prochaines années, puis sur les cinq années suivantes. Elles sont donc particulièrement utiles pour les décisions liées à un plan quinquennal, à des projets d’infrastructure ou à des achats devant durer de 5 à 10 ans.
Les gens connaissent très bien les prévisions météorologiques, qui portent sur les prochaines heures ou les prochaines semaines. Quant aux utilisateurs de Donneesclimatiques.ca, ils connaissent très bien les projections climatiques, qui portent sur les décennies à venir, jusqu’à la fin du siècle. Il existe un écart important entre ces deux types de prévisions, et c’est précisément là que les prévisions saisonnières et décennales trouvent toute leur utilité.
Rendez-vous sur le site [https://donneesclimatiques.ca/previsions-saisonnieres-a-decennales/] : nous avons une page de renvoi consacrée aux prévisions saisonnières à décennales qui contient d’excellentes ressources. Explorez-la un peu, jetez un coup d’œil à la carte interactive, recherchez l’endroit où se trouve votre ferme et découvrez ce que les prévisions indiquent. À l’heure actuelle, pour les prévisions saisonnières à décennales, nous proposons deux variables : la température moyenne et les précipitations totales.
Je pense que les prévisions saisonnières à décennales conviennent parfaitement à l’agriculture, car vous devez souvent prendre des décisions plusieurs mois à l’avance pour la prochaine saison de culture. Ces décisions peuvent porter sur tout, depuis le choix des semences que vous allez acheter jusqu’aux variétés de cultures que vous allez planter, en passant par le moment où vous allez commencer la préparation de vos champs, le type d’irrigation à prévoir pour l’été et le calendrier de vos récoltes. Les prévisions saisonnières, en particulier, peuvent faciliter toutes ces décisions.
Et puis, quand on en vient aux prévisions décennales, cela donne une idée de ce à quoi il faut se préparer au cours des dix prochaines années. Comment rendre votre ferme mieux à même de résister à ces changements climatiques qui se sont déjà produits, qui nous affectent déjà aujourd’hui et qui ne feront que s’aggraver au cours de la prochaine décennie?
Je fais partie d’une ferme communautaire coopérative ici, sur l’île de Vancouver; je suis donc un agriculteur d’occasion, et dans le cadre de ce passe-temps, j’ai en fait commencé à utiliser nos prévisions saisonnières pour planifier ce que nous allons semer et à quel moment nous allons effectuer les différentes tâches de fertilisation ou d’entretien de la ferme pour la prochaine saison de culture.
25 min 14 s
Martin
Outre les projections climatiques, il existe donc des prévisions saisonnières à décennales, comme celles que Hayley vient de décrire. Mais il existe d’autres ressources pour les agriculteurs qui cherchent du soutien et souhaitent mettre en œuvre des pratiques régénératrices. Écoutons à nouveau Asha Nelson.
Asha
Régénération Canada propose une liste de ressources vraiment excellentes. Je sais qu’ils ont un balado, par exemple, ainsi que des guides techniques sur la façon de mettre en œuvre diverses pratiques agricoles durables. Une autre ressource qui me vient à l’esprit est ALUS.
Martin
C’est A-L-U-S, ALUS, tout en majuscules.
Asha
En fait, nous leur avons accordé un financement pour les aider à élaborer un guide qui détaille en quelque sorte les étapes à suivre pour mettre en œuvre certaines pratiques agricoles régénératives à la ferme. Je trouve que ce guide est vraiment excellent, car il n’est pas trop normatif, mais aide plutôt les agriculteurs à surmonter les défis initiaux auxquels ils font face lorsqu’ils tentent de convertir une partie de leur exploitation à l’agriculture régénérative.
Il est vraiment essentiel que les agriculteurs trouvent du soutien auprès de leurs pairs. La meilleure façon d’apprendre à renforcer la résilience de sa ferme, c’est tout simplement de se plonger dans les détails. Je pense donc qu’il existe d’excellentes organisations qui s’efforcent d’encourager le réseautage entre pairs et l’échange de connaissances lors de visites de fermes, afin que les agriculteurs puissent voir leurs pairs endosser ce rôle de leaders dans la mise en œuvre de certaines de ces pratiques agricoles durables et résilientes.
Je crois que les agriculteurs manquent souvent de temps, de ressources et, honnêtement, parfois simplement de moyens financiers pour pouvoir adopter de nouvelles pratiques, comme certaines de ces pratiques d’agriculture régénérative dont nous avons parlé.
Je pense donc qu’il est vraiment important d’orienter les agriculteurs dans la bonne direction en ce qui concerne les diverses possibilités de financement disponibles. L’une d’entre elles qui, selon moi, mérite d’être soulignée est peut-être le Programme climatique des bassins versants des Prairies. Ce programme offre aux producteurs du financement pour mettre en œuvre un certain nombre de pratiques de gestion bénéfiques.
J’encourage les auditeurs qui en sont aux débuts de leur parcours à envisager de communiquer avec ClimateWest. Nous disposons d’un service d’assistance où nous recevons un large éventail de demandes provenant de tous les secteurs, y compris l’agriculture. Nous sommes ravis de prendre le temps de mieux comprendre vos préoccupations et de vous orienter dans la bonne direction, qu’il s’agisse de vous aider à accéder à des données climatiques pour mieux cerner vos risques climatiques, ou simplement de vous mettre en contact avec certains des programmes dont nous avons parlé aujourd’hui. N’hésitez donc pas à communiquer avec nous.
27 min 54 s
Martin
Merci, Asha, d’avoir mis en lumière quelques ressources à la disposition des agriculteurs. Pour conclure, revenons maintenant à Keaton et Alanna. Quelle est leur vision pour leur propre ferme et pour l’avenir de l’agriculture régénérative?
Keaton
Je vois la ferme régénérative comme capable de faire circuler les nutriments naturellement avec un minimum d’intrants. Et par « intrants », j’entends tous les intrants biologiques et naturels, et la diversité nécessaire pour atténuer les fluctuations des marchés et la possibilité de vendre directement aux consommateurs ou par l’intermédiaire d’un marché régénératif où nos pratiques sont reconnues et récompensées par des céréales à qualité élevée, des aliments riches en nutriments et un stockage de carbone plus élevé. Nous mettons l’accent sur la terre : nous sommes à l’écoute de la terre et nous sommes en mesure de continuer à régénérer les sols pour les générations futures.
Alanna
C’est pourquoi notre slogan est « Acre by AKR », « Acre by AK Regeneration, Alanna and Keaton Regeneration ». Si vous souhaitez en savoir plus et découvrir des images des coulisses de nos activités, vous pouvez nous suivre sur Instagram. Notre compte est @AKRegeneration.
Keaton
Je trouve ça très amusant d’essayer différentes pratiques de régénération. C’est un très long processus qui comporte beaucoup de nuances. Alors, essayez de ne pas vous perdre dans les détails et de ne faire que quelques choses à la fois. N’essayez pas de tout faire en même temps et voyez ce qui fonctionne pour vous.
Alanna
Ne faites pas comme nous.
Keaton
Ne fais pas tout en même temps. Ouais, on l’a appris à nos dépens.
Alanna
Ne vous surmenez pas.
29 min 47 s
Martin
Si cet épisode a éveillé votre intérêt pour l’adaptation aux changements climatiques et les données climatiques pertinentes pour votre secteur, rendez-vous sur Donneesclimatiques.ca pour en savoir plus. Vous y trouverez des renseignements sur les prévisions saisonnières à décennales, ainsi que des projections climatiques pour votre région. Si vous œuvrez dans le secteur agricole, nous vous encourageons vivement à consulter le module « L’agriculture et le climat futur » dans la Zone d’apprentissage. Vous pouvez également consulter ClimateWest pour obtenir plus d’informations sur les mesures de soutien à l’adaptation aux changements climatiques destinées aux provinces des Prairies.
Merci de votre écoute.