Contexte du module Bâtiments

Les bâtiments sont destinés à nous fournir un abri sûr contre l’environnement extérieur. Cependant, cette fonctionnalité peut être altérée avec les changements climatiques. Découvrez comment le secteur du bâtiment réagit face aux changements climatiques et les ressources actuellement disponibles pour aider à améliorer la résilience climatique des bâtiments.

Changements climatiques et bâtiments

Les bâtiments sont une composante essentielle de la société. En offrant un abri contre les éléments extérieurs et les conditions climatiques parfois difficiles, les bâtiments nous offrent des espaces sûrs pour vivre, travailler et nous récréer. Il est difficile d’imaginer un avenir prospère sans bâtiments bien conçus et résilients. Cependant, à la lumière des changements climatiques, notre compréhension de ce qui constitue des bâtiments adaptés aux changements climatiques, évolue.

Développer et maintenir la résilience des bâtiments face aux changements climatiques est une entreprise monumentale qui soulèvent de nombreuses questions : Quelles pratiques les professionnels du bâtiment devraient-ils adopter pour tenir compte des changements climatiques futurs et faire face à l’incertitude quant à l’ampleur de ces changements ? Comment les mesures d’adaptation peuvent-elles être considérées dans la tarification, les modalités et les conditions d’assurances fondées sur le risque ? Comment les planificateurs peuvent-ils gérer le développement afin de minimiser la vulnérabilité face au climat futur ? Comment améliorer la résilience du parc immobilier existant compte tenu des ressources limitées et des réalités actuelles du marché ?

Pour répondre à ce genre de questions, il est essentiel d’utiliser les meilleures connaissances disponibles sur le climat futur, y compris l’évolution des phénomènes météorologiques extrêmes. Ces connaissances permettent une meilleure compréhension des impacts des changements climatiques sur les bâtiments, sur la vulnérabilité, l’évaluation des risques et la planification. Le module Bâtiments offre une zone d’apprentissage pour les professionnels du bâtiment – des concepteurs aux gestionnaires d’actifs en passant par les propriétaires – afin de développer une vision des projections climatiques centrée sur les bâtiments.

Le module Bâtiments comprend :

  • Des liens vers les variables climatiques disponibles sur Donneesclimatiques.ca et d’autres ressources qui traitent des vulnérabilités importantes des bâtiments canadiens.
  • Un accès à « Future-Shifted Weather Files » pour la modélisation énergétique, actuellement disponible pour des emplacements en Colombie-Britannique et bientôt disponible pour tout le Canada.
  • Des études de cas décrivant l’utilisation des informations sur les changements climatiques dans la conception des bâtiments, afin de donner aux praticiens une base pratique pour l’intégration des informations climatiques dans la planification, la conception et l’exploitation des bâtiments.
  • Bientôt disponible : un outil interactif d’aide à la décision adapté aux bâtiments, qui permettra aux praticiens de développer rapidement une liste organisée d’informations, de données et de ressources sur les changements climatiques afin de soutenir la conception et l’exploitation de bâtiments en tenant compte du climat.

Votre exploration du module Bâtiments commence maintenant. Vous trouverez ci-dessous de l’information sur l’état actuel du secteur du bâtiment au Canada, ainsi que des ressources, des données et des outils nouveaux et émergents, spécifiques aux changements climatiques et pertinents pour le secteur des bâtiments.

Résilience des bâtiments et changements climatiques au Canada

En appui au module Bâtiments de Donneesclimatiques.ca, l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques (ICLR) a été chargé d’explorer l’état des considérations relatives aux changements climatiques dans le secteur du bâtiment au Canada.

Deux sondages menés au second semestre de 2020 ont été diffusés à un large éventail de professionnels de l’industrie du bâtiment. Les groupes de répondants couvraient les gouvernements fédéraux, provinciaux, territoriaux et locaux, et comprenaient des organismes fédéraux, des sociétés d’État, des industries, des assureurs, des organisations non gouvernementales et des universités.

Les résultats des sondages sont assez clairs. Plus de 80 % des professionnels du bâtiment interrogés estiment que les changements climatiques devraient être considérés dans leur travail, autant pour les bâtiments neufs que pour les bâtiments existants. De même, la plupart des répondants estiment qu’ils ne devraient pas attendre que les changements climatiques soient intégrés dans les normes et codes officiels pour agir.

Les répondants ont souligné que de nombreux composants et systèmes de construction, y compris les enveloppes de bâtiment, le drainage des sites et les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC), sont potentiellement affectés par les changements climatiques, et que ces vulnérabilités doivent être traitées pour que les bâtiments demeurent sécuritaires et fonctionnels (figure 1).

Figure 1. Identification des composants, matériaux et systèmes de construction vulnérables

Réponses à la question du sondage : « À votre avis, existe-t-il des composants, des systèmes, des matériaux ou des produits de construction spécifiques qui sont particulièrement vulnérables aux potentiels impacts des changements climatiques ? Si oui, veuillez en énumérer jusqu'à cinq. » Les réponses ont été classées aux fins de cette analyse (n = nombre de répondants).

Reflétant ces préoccupations, un écosystème de lignes directrices, de normes, de données et de codes, de financements et de réseaux nationaux spécifiques aux changements climatiques émerge rapidement.

Le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques (2016) a contribué à stimuler les progrès récents, car il souligne que « les défaillances des infrastructures liées au climat peuvent menacer la santé et la sécurité, interrompre les services essentiels, perturber l’activité économique et entraîner des coûts élevés pour la récupération et le remplacement » et que « l’intégration de la résilience climatique dans les guides et codes de conception des bâtiments » est essentielle pour assurer la prise en compte normalisée des risques climatiques futurs dans la conception et la rénovation des bâtiments.

En appui au Cadre et à ses objectifs, le Conseil national de recherche a lancé en 2016 un important programme (financé par Infrastructure Canada), intitulé Initiative sur les bâtiments et infrastructures publiques de base résistants aux changements climatiques (BIPBRCC). Cinq ans plus tard, l’initiative et le Cadre ont donné lieu une série de nouvelles directives innovatrices, notamment :

  • Les données relatives aux niveaux d’inondation, y compris des études de cas d’environnements fluviaux, côtiers et urbains ;
  • Le Guide national sur les incendies en milieu périurbain ;
  • Un nouvelle norme pour l’adaptations aux changements climatiques des toitures à membrane à faible pente ;
  • Le Guide de conception des bâtiments résistants aux inondations (à venir).

Le Cadre a également soutenu des travaux visant à intégrer le climat dans les normes de construction nouvelles et émergentes, notamment :

  • Quatre nouvelles normes qui amélioreront l’accès aux données des stations météorologiques non détenues par le gouvernement fédéral ;
  • De nouveaux rapports de recherche et de nouvelles normes sur la réduction des risques d’inondation dans les communautés résidentielles ;
  • Un total de six nouvelles normes ainsi qu’un nouveau guide sur la prise en compte des risques climatiques auxquels les collectivités du Nord sont confrontées ;
  • Un nouveau rapport de recherche et une nouvelle norme sur la résilience au vent des constructions résidentielles de faible hauteur ;
  • Des normes mises à jour pour les antennes et les fondations de bâtiments.

Pour obtenir une liste complète des normes, guides et rapports mentionnés ci-dessus, veuillez consulter l’annexe A du rapport Les normes à l’œuvre : pérenniser la résilience climatique du Conseil canadien des normes.

Le rapport BIPBRCC 2020 constitue la percée la plus détaillée au Canada à ce jour en termes de mesures spécifiques quant aux changements climatiques reliés aux bâtiments. On envisage d’adopter ces données dans le Code national du bâtiment 2025 et elles alimentent des outils comme la nouvelle application Climate-RCI relative à la résilience climatique des systèmes de toiture à membrane à faible pente.

Le financement fédéral pour les bâtiments résilients aux changements climatiques soutient l’application de nouvelles normes, données et codes tenant compte du climat de la conception à la rénovation de bâtiments. Par l’intermédiaire de l’exigence fédérale qu’est l’Optique des changements climatiques et d’autres initiatives connexes, Infrastructure Canada veille à ce que les nouveaux grands projets d’infrastructure lancés dans le cadre de programmes de financement comme le Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes et le programme bâtiments communautaires verts et inclusifs comprennent une évaluation fiable des risques climatiques présents et futurs, grâce à des réseaux nationaux de communautés de pratique comme le Groupe de travail sur l’infrastructure et les bâtiments de la plateforme canadienne d’adaptation aux changements climatiques.

Les provinces et les territoires font preuve de leadership dans le domaine de la planification et de la conception de bâtiments résilients aux changements climatiques. Citons par exemple l’Ontario, qui en 2016 a chargé son ministre des Affaires municipales de procéder à «… un examen du Code du bâtiment afin de soutenir les normes à faible teneur en carbone pour les nouveaux bâtiments et de s’assurer que les bâtiments continuent d’être sécuritaires et accessibles », et le Québec, qui a statué sur la nécessité de « collaborer à l’élaboration de critères, de codes, de guides et d’autres outils nécessaires à l’adaptation de l’environnement bâti aux changements climatiques », dans la Stratégie gouvernementale d’adaptation aux changements climatiques 2013-2020. Les organismes provinciaux et territoriaux peuvent donner le ton au changement, ce qui peut stimuler une réflexion novatrice. En Colombie-Britannique, par exemple, le projet Mobilizing Building Adaptation and Resilience de BC Housing soutient le renforcement des capacités et l’innovation dans la conception de bâtiments résilients et à faible émission de carbone. La Société québécoise des infrastructures (SQI) du Québec identifie les risques climatiques et les mesures d’adaptation au climat pour son parc immobilier institutionnel grâce à l’utilisation de son nouveau cadre d’évaluation, qui peut être adapté pour être utilisé par d’autres propriétaires et gestionnaires immobiliers intéressés.

Les municipalités sont particulièrement bien placées pour accélérer la résilience climatique dans le secteur des bâtiments, car elles intègrent des dispositions liées aux changements climatiques par le biais du zonage et de la planification, des exigences de construction locales, des lignes directrices et des programmes, et fournissent également des interprétations des codes provinciaux qui ciblent les vulnérabilités régionales des bâtiments. Dans de nombreux cas, les mécanismes de planification et les structures de gouvernance existantes (par exemple, la réponse aux catastrophes et le rétablissement) peuvent être efficacement exploitées pour permettre des mesures d’adaptation pertinentes qui traitent directement les vulnérabilités connues.

Là où il y a des lacunes dans les codes provinciaux, les administrations locales ont appliqué d’autres outils réglementaires à leur disposition afin de réduire la vulnérabilité des bâtiments. Cela permet d’inclure, au niveau local, des considérations climatiques adaptées aux interactions qui existent entre les bâtiments et le climat local. De plus en plus, l’intégration des informations climatiques futures dans les efforts de construction et de planification au niveau municipal se fait par le biais de plan climat. À l’échelle nationale, la Fédération canadienne des municipalités représente une base importante pour renforcer la capacité et le partage des connaissances entre les municipalités.

Partout au Canada, la plupart des activités liées aux bâtiments, tant dans le secteur privé que public – planification, conception, construction, exploitation et entretien – sont ultimement mis en œuvre par des entreprises du secteur privé. Au sein de cette communauté, un changement de paradigme dans la relation entre les changements climatiques, le profit et la responsabilité professionnelle est en cours. Les actions visant à réduire la vulnérabilité et les risques climatiques pour les bâtiments sont de plus en plus perçues comme étant une opportunité de fournir un produit différencié et à valeur ajoutée. Les changements climatiques sont également intégrés dans les définitions du devoir de diligence qui définissent la conduite professionnelle, les risques liés aux projets de construction et les questions entourant la responsabilité.

En raison de ces considérations, les propositions de construction qui visent à réduire les risques climatiques actuels et futurs seront de plus en plus favorisées par les grands maîtres d’ouvrage et les organismes émetteurs de permis, comme les municipalités. Le financement de projet et la couverture d’assurance pour les grands projets de construction devraient également devenir plus faciles à obtenir pour de tels projets. Par conséquent, les organisations professionnelles travaillent d’arrache-pied pour développer la capacité dans ce secteur et pour intégrer des directives et des politiques appropriées dans les pratiques de conception des bâtiments et les normes d’entretien. Parmi les exemples d’avancées récentes, citons la ligne directrice nationale d’Ingénieurs Canada sur les principes d’adaptation aux changements climatiques à l’intention des ingénieurs, l’élaboration multipartenaires du protocole CVIIP pour l’évaluation des risques liés aux changements climatiques pour les infrastructures publiques, la politique sur la planification en matière de changements climatiques de l’Institut canadien des urbanistes et la formulation de plans d’actions sur le climat par les organismes provinciaux d’octroi de permis en génie et en géosciences.

Du côté des impacts financiers, des acteurs canadiens réfléchissent à la manière de gérer les impacts des changements climatiques sur l’assurance des bâtiments et les tendances de la valeur des propriétés, dans des centres comme Institut de prévention des sinistres catastrophiques et le Bureau d’assurance du Canada. Le Centre Intact d’adaptation au climat a été créé par Intact Corporation financière (le plus grand fournisseur d’assurance incendie, accidents et risques divers -IARD- au Canada) afin d’identifier et de réduire les risques pour les bâtiments et les infrastructures liés aux impacts négatifs des changements climatiques. Enfin, les prêteurs à long terme de nombreux projets de construction exigent de plus en plus que le risque climatique soit inclus dans les déclarations de risque financier, par le biais de cadres tels que le Task Force on Climate-related Financial Disclosures (pour Groupe de travail sur la publication d’informations financières relatives au climat).

L’importance d’adapter les bâtiments aux changements climatiques futurs est également connue sur la scène internationale. Par exemple, l’Alliance mondiale pour les bâtiments et la construction (GlobalABC) a récemment publié les premiers résultats du groupe de travail sur l’adaptation de GlobalABC (lancé lors de la 24e Conférence des Parties – COP24). Leur rapport 2020 détaille les défis et les avantages de l’adaptation aux changements climatiques dans les secteurs du bâtiment et de la construction, et propose des actions pour plusieurs parties prenantes.

Il est clair que les attentes et les opportunités pour les praticiens d’intégrer la résilience aux changements climatiques dans le secteur canadien des bâtiments augmentent. Conjugués aux efforts continus afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur, ces efforts devraient permettre de s’assurer que nos bâtiments contribuent à la durabilité et à la sécurité globales des communautés à travers le pays.