Les principaux épisodes de froid de l’hiver 2025-2026 : ce que la science de l’attribution nous apprend sur le froid extrême dans un climat qui se réchauffe

Date 17 juillet 2026
Auteur Aaron Tamminga et Ryan Smith
Sujets Renseignez-vous sur les changements climatiques
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Introduction

Le Canada se réchauffe près de deux fois plus vite que la moyenne mondiale, les températures hivernales augmentant plus rapidement que celles de toute autre saison. L’une des conséquences de ce réchauffement est que les périodes de froid extrême deviennent moins fréquentes et moins intenses dans une grande partie du pays. Cependant, les vagues de froid extrême n’ont pas disparu. Même dans un climat en réchauffement, la variabilité naturelle du climat et les régimes de circulation atmosphérique à grande échelle peuvent encore entraîner des périodes de temps exceptionnellement froid.

L’hiver 2025-2026 en est un bon exemple. Bien que la saison ait été de 1,7 °C plus chaude que la moyenne de 1961 à 1990 à l’échelle du Canada, le système d’attribution rapide des événements météorologiques extrêmes d’Environnement et Changement climatique Canada a recensé 14 épisodes de froid significatifs. L’analyse d’attribution a révélé que ces 14 épisodes étaient tous moins susceptibles de se produire en raison des changements climatiques d’origine humaine. Parmi ces événements, deux ont été classés comme moins probables, dix comme beaucoup moins probables et deux comme nettement moins probables par rapport à un climat sans réchauffement d’origine humaine.

Épisodes de froid au Canada durant l’hiver 2025-2026

La carte ci-dessous résume l’épisode de froid le plus intense identifié au cours de l’hiver 2025-2026 dans chacune des 17 régions analysées par le système d’attribution. Les régions qui n’ont pas connu de températures suffisamment basses pour déclencher le système sont indiquées en gris. Dans les régions ayant connu plusieurs épisodes de froid, seul l’épisode le plus froid est représenté. La plupart des épisodes identifiés se sont produits dans le nord et l’ouest du Canada.

L’écart le plus important par rapport aux conditions normales a été observé au Yukon, où une période de froid de 20 jours, du 8 au 27 décembre 2025, a entraîné une température minimale quotidienne moyenne régionale de -41,2 °C, soit environ 17 °C de moins que la normale pour cette période de l’année. Comme les températures sont calculées en moyenne sur l’ensemble de la région d’analyse du Yukon, certains endroits ont connu des conditions encore plus froides. Selon l’analyse d’attribution, un événement de cette ampleur est beaucoup moins susceptible de se produire dans le climat actuel qu’il ne l’aurait été dans un climat sans réchauffement attribuable à l’activité humaine.

L’ensemble complet des 14 événements identifiés est présenté dans le tableau ci-dessous, accompagné d’informations supplémentaires sur les températures, d’une évaluation de la probabilité de l’effet des changements climatiques sur les probabilités actuelles par rapport à un climat sans réchauffement d’origine humaine, ainsi que d’une évaluation de la probabilité future décrivant comment la probabilité d’un événement de même ampleur évoluerait dans un climat futur marqué par un réchauffement planétaire supplémentaire de 2 °C. À mesure que les changements climatiques se poursuivront à l’avenir, des extrêmes de froid comparables aux événements identifiés ici continueront de se produire, mais ils deviendront encore moins fréquents que dans le climat actuel. Parmi les 14 événements évalués durant l’hiver 2025-2026, deux devraient passer de « peu probables » à « beaucoup moins probables », cinq devraient passer de « beaucoup moins probables » à « extrêmement peu probables », et sept devraient rester dans la même fourchette de probabilité dans un climat futur modélisé.

RégionDates de l’épisode de froidTempérature quotidienne minimale la plus froide (°C)Température quotidienne minimale normale (°C)Écart de température (°C)Probabilité actuelleProbabilité future
(réchauffement de 2 °C)
YukonDu 8 au 27 décembre 2025-41,2-23,917,3beaucoup moins probablebeaucoup moins probable
Nord de la Colombie-BritanniqueDu 19 au 23 décembre 2025-32-14,817,2moins probablebeaucoup moins probable
Nord de la Colombie-BritanniqueDu 20 au 27 décembre 2025-31,7-15,815,9moins probablebeaucoup moins probable
YukonDu 3 au 5 janvier 2026-40,9-2515,9beaucoup moins probablebeaucoup moins probable
SaskatchewanDu 21 au 25 janvier 2026-35,2-19,515,7beaucoup moins probablebeaucoup moins probable
Inuvik, Territoires du Nord-OuestDu 7 au 14 février 2026-45,3-29,615,7considérablement moins probableconsidérablement moins probable
Fort Smith, Territoires du Nord-OuestDu 17 au 18 février 2026-38-25,412,9beaucoup moins probablebeaucoup moins probable
Inuvik, Territoires du Nord-OuestDu 27 mars au 3 avril 2026-39,9-28,211,7beaucoup moins probableconsidérablement moins probable
Kitikmeot, NunavutDu 24 au 26 février 2026-43,1-32,310,8considérablement moins probableconsidérablement moins probable
Kitikmeot, NunavutDu 8 au 17 février 2026-43-33,49,6beaucoup moins probableconsidérablement moins probable
Inuvik, Territoires du Nord-OuestDu 5 au 7 janvier 2026-39,1-29,69,5beaucoup moins probablebeaucoup moins probable
Kitikmeot, NunavutDu 2 au 4 mars 2026-40,9-31,69,3beaucoup moins probableconsidérablement moins probable
Sud de Qikiqtaaluk, NunavutDu 24 au 26 février 2026-40,8-337,8beaucoup moins probableconsidérablement moins probable
Nord de Qikiqtaaluk, NunavutDu 16 au 22 février 2026-41,9-34,57,4beaucoup moins probableconsidérablement moins probable

Encadré 1 : Comment fonctionne le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes?

Le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes a été mis au point par des scientifiques de la Division de la modélisation climatique d’Environnement et Changement climatique Canada afin d’évaluer comment les changements climatiques d’origine humaine influent sur la probabilité des phénomènes météorologiques extrêmes.

En ce qui concerne les températures extrêmes, le système surveille en continu les conditions dans 17 régions du Canada. Lorsque des températures inhabituellement froides se produisent, le système compare la probabilité qu’un événement de cette ampleur se produise dans trois climats différents :

  • un climat préindustriel (1850-1900), avant le réchauffement important causé par l’activité humaine;
  • le climat actuel; et
  • un climat futur correspondant à un réchauffement planétaire supplémentaire de 2 °C.

À l’aide de simulations de modèles climatiques et d’observations, le système estime comment la probabilité de l’événement varie entre ces différents climats. Les résultats sont présentés sous forme de catégories de probabilité qui décrivent dans quelle mesure les changements climatiques ont modifié les chances que l’événement se produise.

Déclaration de probabilité

Évolution de la probabilité

Moins probable

Au moins 1 à 2 fois moins probable

Beaucoup moins probable

Au moins deux à dix fois moins probable

conidérablement moins probable

Plus de 10 fois moins probable

Par exemple, si un épisode de froid est classé comme « beaucoup moins probable », cela signifie qu’un événement de cette ampleur est estimé au moins deux à dix fois moins susceptible de se produire dans le climat actuel qu’il ne l’aurait été dans un climat sans réchauffement d’origine humaine.

Exemple d’épisode de froid : Saskatchewan, du 22 au 25 janvier 2026.

Les résidents des Prairies ont connu des périodes de froid extrême cet hiver, ce qui a donné lieu à des avertissements météorologiques dans plusieurs provinces en raison des risques liés au refroidissement éolien intense et aux températures glaciales. La série de figures suivante s’appuie sur un épisode de froid de quatre jours survenu en Saskatchewan du 22 au 25 janvier 2026 pour illustrer comment le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes identifie et analyse de telles vagues de froid.

La première figure présente une carte des anomalies de température (définies comme la différence entre la température minimale quotidienne de la date analysée et celle de la période de référence 1990-2021) à l’échelle du Canada, lors du jour le plus froid de l’épisode. Ces anomalies de température sont tirées du produit de réanalyse ERA51 qui utilise un modèle météorologique combiné à des observations pour fournir un aperçu spatialement complet des conditions climatiques de l’histoire récente. Le jour le plus froid de l’événement, des conditions plus froides que la normale s’étendaient sur une grande partie de l’Alberta, de la Saskatchewan et du sud des Territoires du Nord-Ouest.

La deuxième figure présente une série chronologique des températures minimales quotidiennes observées (Tmin ) issues des données ERA5 pour décembre 2025 et janvier 2026, moyennées sur la région de la Saskatchewan. La ligne de seuil annuelle en gris uni représente le critère de déclenchement permettant d’identifier un événement, calculé comme la température minimale annuelle médiane (jour le plus froid de l’année) pour la région entre 1991 et 2020. Dans le cas de l’événement de froid en janvier, ce seuil a été dépassé du 23 au 25 janvier, comme l’indique la zone ombrée en bleu foncé. À la suite de l’événement, les dates définitives de début et de fin sont déterminées en fonction du seuil saisonnier (ligne grise pointillée), qui est calculé comme le10e percentile des températures minimales quotidiennes de la période 1991-2020 pour les dates considérées. La période durant laquelle les températures se sont situées en dessous de ce seuil est représentée par la zone ombrée en bleu clair. D’après le seuil saisonnier, l’événement s’est déroulé du 22 au 25 janvier.

Crédit de l’illustration : Dre Elizaveta Malinina

Afin de déterminer l’influence des changements climatiques d’origine humaine sur cet événement, le système d’attribution compare l’évolution de la distribution de la température du jour le plus froid de l’année (représentée sous forme d’anomalies par rapport à la période 1991-2020) entre les climats simulés préindustriels, actuels et futurs. Ces distributions proviennent d’ensembles multimodèles issus de la phase 6 du projet d’intercomparaison de modèles couplés (CMIP6)2. La figure ci-dessous illustre la distribution des anomalies de température minimale en Saskatchewan pour chaque période temporelle, d’après 23  modèles du projet CMIP6. À mesure que le climat modélisé se réchauffe, passant des conditions préindustrielles aux conditions actuelles puis futures, la distribution des anomalies de température minimale se déplace vers la droite. Ce déplacement indique une hausse des températures globales et une diminution de la probabilité de froid extrême, qui se situe à l’extrémité gauche de chaque distribution. Lors de l’événement illustré en Saskatchewan, l’anomalie de température minimale quotidienne la plus froide observée était de -1,2 °C le 23 janvier. Sur la figure, cette température est représentée par la ligne verticale noire.

La probabilité qu’un événement plus froid que celui observé le 23 janvier se produise dans chacun des trois climats est représentée par la zone ombrée sous chaque courbe. Une zone ombrée plus petite sous la courbe indique une probabilité plus faible. Dans les conditions préindustrielles, un événement présentant une anomalie de -1,2 °C se situe près du centre de la distribution des températures minimales, avec un peu plus de la moitié de la zone sous la courbe ombrée. Cela signifie qu’on s’attend à ce qu’une telle température se produise fréquemment.  Dans les conditions plus chaudes du climat actuel, une valeur de -1,2 °C se situe plus à gauche dans la distribution, avec une plus petite zone ombrée sous la courbe, ce qui indique une probabilité de température plus faible. Dans un climat futur plus chaud, avec un réchauffement planétaire de 2 °C, l’anomalie de -1,2 °C devient encore moins courante, car la distribution continue de se déplacer vers la droite et seule une petite partie de la zone sous la courbe est ombrée.

Crédit de l’illustration : Dre Elizaveta Malinina

En raison de la différence de probabilité entre le climat actuel et le climat préindustriel, on a déterminé que l’événement survenu en Saskatchewan était au moins de 2 à 10 fois moins probable dans le climat actuel que dans un climat sans changements climatiques d’origine humaine, ce qui correspond à une déclaration de probabilité indiquant qu’il est « beaucoup moins probable ». La déclaration de probabilité pour cet événement dans le climat actuel est communiquée à l’aide du graphique à échelle d’indicateurs présenté ci-dessous.  

Conclusion

Le système d’attribution rapide des phénomènes météorologiques extrêmes d’Environnement et Changement climatique Canada fournit aux Canadiens un contexte précieux sur la façon dont les changements climatiques d’origine humaine influent sur la probabilité de phénomènes météorologiques extrêmes. Outre les vagues de froid extrêmes abordées ici, le système analyse les vagues de chaleur extrêmes en été et les précipitations extrêmes tout au long de l’année; il est prévu d’étendre le système à d’autres variables météorologiques à mesure que les scientifiques d’Environnement et Changement climatique Canada mettent à l’essai de nouvelles capacités et que davantage de données et de recherches deviennent disponibles. Le fonctionnement automatisé du système permet une diffusion rapide des résultats à mesure que les événements se produisent partout au pays, ce qui améliore la compréhension du lien entre les changements climatiques d’origine humaine et les phénomènes météorologiques extrêmes.

Il est important de noter que, même si la science de l’attribution démontre que ces événements deviennent moins fréquents et moins sévères, il est utile de se rappeler que les vagues de froid demeurent une caractéristique fondamentale et structurelle des hivers canadiens. Même dans un climat qui se réchauffe, la variabilité naturelle et les changements atmosphériques complexes font en sorte que les vagues de froid perturbatrices ne disparaissent pas, et que les vagues de froid sont là pour rester. Pour mieux comprendre l’évolution de ces aléas hivernaux et savoir comment s’y préparer, consultez l’article de Donneesclimatiques.ca intitulé « Vagues de froid et changements climatiques ». En fin de compte, le suivi de ces tendances changeantes contribue à éclairer les s d’atténuation et les initiatives d’adaptation du Canada, garantissant ainsi que les infrastructures et les collectivités restent résilientes dans un climat en changement.

 

Pour plus d’information

Visitez le site Web « Attribution des phénomènes météorologiques extrêmes » d’Environnement et Changement climatique Canada pour en savoir plus. Les derniers résultats du système d’attribution sont disponibles sur le Portail du gouvernement ouvert du gouvernement du Canada.

Visitez Donneesclimatiques.ca pour en savoir plus sur les changements climatiques à venir, explorer des cartes interactives et analyser comment les températures extrêmes deviennent moins fréquentes dans une fourchette de scénarios d’émissions.

Références

1. Hersbach, H., Bell, B., Berrisford, P., Hirahara, S., Horányi, A., Muñoz‐Sabater, J., Nicolas, J., Peubey, C., Radu, R., Schepers, D. and Simmons, A. (2020). The ERA5 global reanalysis.Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society146(730), pp 1999-2049.

2. Eyring, V., Bony, S., Meehl, G. A., Senior, C. A., Stevens, B., Stouffer, R. J., and Taylor, K. E. (2016). Overview of the Coupled Model Intercomparison Project Phase 6 (CMIP6) experimental design and organization. Geoscientific Model Development9(5), pp 1937-1958.