Comprendre le climat : l’oscillation nord-atlantique

Date 10 février 2026
Auteur Jaxton Gray et Ruth Moore, Centre canadien des services climatiques
Sujets Renseignez-vous sur les changements climatiques, Prévisions saisonnières à décennales
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Introduction – Qu’est-ce que l’oscillation nord-atlantique ?

Donneesclimatiques.ca est spécialisé dans la fourniture de projections à long terme du climat futur afin d’éclairer les mesures visant à renforcer la résilience aux changements climatiques. Donneesclimatiques.ca fournit des prévisions climatiques à l’échelle saisonnière à décennale (S2D), composées de prévisions probabilistes pour les saisons et les années à venir. Les prévisions S2D comblent le fossé entre les prévisions météorologiques et les projections climatiques à long terme. Ces prévisions à court terme sont fortement influencées par les changements de température et de circulation océaniques.

Les températures océaniques et les modèles de circulation sont considérés comme des facteurs internes de variabilité climatique. La variabilité interne fait référence aux changements naturels qui se produisent dans le système terrestre, sous l’effet des interactions entre l’atmosphère, les océans et les terres, indépendamment des facteurs externes de changement tels que les émissions de gaz à effet de serre. Le cycle El Niño-Oscillation australe (ENSO) est un facteur bien connu de variabilité interne au Canada. Un autre facteur important de variabilité climatique interne au Canada est l’oscillation nord-atlantique (ONA). L’ONA est le facteur le plus important de variabilité climatique dans l’Atlantique Nord (Visbeck et al., 2001) et un facteur dominant qui contrôle la variabilité climatique dans l’est du Canada (Qian et al., 2008).

L’ONA est un phénomène climatique qui résulte de la différence de pression au niveau de la mer (SLP) entre deux régions de l’Atlantique Nord : l’anticyclone des Açores (une région généralement sous haute pression dans l’Atlantique subtropical) et la dépression islandaise (une région généralement sous basse pression près de l’Islande) (figure 1). Lorsque la différence de pression entre les régions est supérieure à la moyenne, l’ONA est en phase positive, et lorsqu’elle est inférieure à la moyenne, elle est en phase négative.

Les changements de phase de l’ONA influencent les vents, les tempêtes, les précipitations et la température dans tout l’Atlantique Nord, affectant le climat du Canada, de l’Arctique, de l’Europe et des États-Unis. Ces connexions à longue distance au sein du système climatique sont officiellement appelées « téléconnexions » (encadré 1).

La phase positive de l’ONA  est généralement associée à des températures plus froides dans l’Arctique canadien et à des températures plus chaudes dans le sud-est du Canada, tandis que la phase négative est généralement associée à des températures plus chaudes dans l’Arctique canadien et à des températures plus froides dans le sud-est du Canada (figure 1). Dans cet article, nous nous intéressons à l’influence de l’ONA sur le climat et examinons plus en détail ses effets sur le climat canadien.

Figure 1 : L’ONA alterne entre une phase positive, lorsque l’Arctique canadien est plus froid et le sud-est du Canada plus chaud, et une phase négative, lorsque l’Arctique canadien est plus chaud et le sud-est du Canada plus froid. Elle est définie comme la différence de pression au niveau de la mer (SLP) entre une région autour de l’Islande (marquée L) et les Açores (marquées H). Dans la phase positive de l’ONA, la dépression islandaise et l’anticyclone des Açores sont plus forts ; dans la phase négative, ils sont plus faibles. Ces changements de pression modifient la position du courant-jet de l’Atlantique Nord (flèche blanche). Les différences de pression au niveau de la mer correspondantes sont illustrées à la figure 2. Figure adaptée de la NOAA (en anglais seulement)et du World Climate Service (en anglais seulement).

Encadré 1 : Que sont les téléconnexions climatiques ?

Le terme « téléconnexions », dérivé de « télé », qui signifie « à distance », décrit les phénomènes par lesquels les conditions météorologiques et climatiques d’une région sont influencées par des événements climatiques se produisant à des milliers de kilomètres de distance. L’étude de ces phénomènes aide les scientifiques à comprendre comment les différentes parties du système climatique sont interconnectées.

Les téléconnexions se produisent en partie parce que le système climatique est lié par des modèles de circulation à l’échelle planétaire appelés ondes de Rossby (Killworth, 2001). Les ondes de Rossby se forment lorsque l’air et l’eau se déplacent entre des régions plus chaudes et plus froides. La rotation de la Terre guide ces ondes, formant des modèles ondulatoires semblables à des rivières dans l’atmosphère et les océans (Nigam et Baxter, 2015). Contrairement au mouvement vertical des vagues observé sur une plage, les ondes de Rossby se déplacent principalement à l’horizontale et peuvent s’étendre sur des milliers de kilomètres. Les ondes de Rossby peuvent créer des modèles météorologiques persistants (haute ou basse pression) qui restent stables pendant des semaines, voire des mois.

Ces schémas de circulation peuvent agir comme une balançoire : lorsque la pression est élevée dans une zone, elle a tendance à être plus faible dans la région connectée.

Comment l’ONA influence le climat

Les phases alternées de l’ONA peuvent durer de plusieurs semaines à plusieurs mois (voir l’encadré 2 pour savoir comment les phases de l’ONA sont surveillées), entraînant une variabilité climatique annuelle et saisonnière. La phase de l’ONA influence le courant-jet de l’Atlantique Nord, un courant d’air à haute altitude qui se déplace rapidement et qui contribue à orienter les systèmes météorologiques (pour plus d’informations, veuillez consulter la page de la NOAA sur le courant-jet (en anglais seulement), faisant de l’ONA  un facteur important de variabilité interne (Lindsey et Dahlman, 2009). Grâce à ses interactions avec le courant-jet, la phase de l’ONA est associée à la tempétuosité (Lindsey et Dahlman, 2009) et à la force des vents d’ouest dans l’Atlantique Nord (Qian et al., 2008 ; Dutton, 2021). 

L’ONA est étroitement liée à un autre phénomène climatique, l’oscillation arctique (Wettstein et Mearns, 2002 ; Lindsey et Dahlman, 2009 ; Brown, 2010 ; Dutton, 2021). En fait, un débat actif est en cours pour déterminer si ces deux phénomènes sont distincts.

Encadré 2 : Surveillance de l’ONA

L’ONA est surveillée en mesurant la différence de la SLP entre deux points de référence, généralement Reykjavik, en Islande, et Lisbonne, au Portugal (Dutton, 2021). La différence de pression entre ces points est comparée à la différence de pression moyenne à long terme, ce qui donne l’indice de l’ONA (figure 2). Comme mentionné dans l’introduction , lorsque la différence de pression est supérieure à la moyenne, l’ONA est en phase positive (en rouge sur la figure 2). Lorsque la différence de pression est inférieure à la moyenne, l’ONA est en phase négative (en bleu sur la figure 2).Figure 2 : L’indice de l’ONA entre Lisbonne et Reykjavik, montrant la série chronologique de 1865 à 2023. La phase positive est représentée en rouge et la phase négative en bleu. Données disponibles auprès de la NOAA (en anglais seulement).

Une autre méthode de mesure de l’indice de l’ONA consiste à analyser la configuration de la SLP entre les zones situées autour de l’Islande et des Açores, plutôt que d’utiliser les observations ponctuelles des stations. Cette méthode, connue sous le nom d’analyse en composantes principales, permet d’analyser la configuration spatiale globale de l’ONA. Vous trouverez plus d’informations sur cette méthode sur le site Web du NCAR (en anglais seulement).

L’ONA et le climat canadien

Les phases oscillantes de l’ONA sont généralement associées à des différences de température, de précipitations et de tempêtes dans l’est du Canada.

Phase positive

Pendant la phase positive, la forte différence de pression entre l’anticyclone des Açores et la dépression islandaise renforce le courant-jet de l’Atlantique Nord (figure 1). Le courant-jet renforcé déplace les tempêtes vers le nord, ce qui entraîne une diminution des tempêtes dans l’est de l’Amérique du Nord et une augmentation des tempêtes en Europe du Nord.

La phase positive de l’ONA est généralement associée à des conditions principalement plus fraîches et plus sèches dans le nord-est du Canada et l’Arctique canadien, et à des conditions plus chaudes et plus humides dans le sud du Canada (figure 1, Brown 2010, Dutton 2010). La phase positive est souvent associée à une réduction des précipitations dans le nord et l’est du Canada (Bonsal & Shabbar 2008).  Au-dessus de la baie d’Hudson, la phase de l’ONA entraîne des changements dans la couverture de glace de mer, les années positives ayant tendance à voir une formation précoce de la glace de mer (Qian et al., 2008).

Phase négative

Pendant la phase négative, la faible différence de pression entre l’anticyclone des Açores et la dépression islandaise fait que le courant-jet de l’Atlantique Nord s’oriente davantage d’ouest en est (figure 1). La position ajustée du courant-jet entraîne une diminution du nombre de tempêtes en Europe du Nord. Dans l’est de l’Amérique du Nord, on observe généralement plus de tempêtes que la normale, en raison de la baisse de la pression atmosphérique dans la région.

Pendant la phase négative, l’est de l’Arctique canadien est plus chaud, tandis que certaines régions du sud-est du Canada et de l’est des États-Unis sont généralement plus froides (Brown, 2010) (figure 1), avec des irruptions d’air froid plus  fréquentes dans l’est de l’Amérique du Nord (Lindsey et Dahlman, 2009). Le sud-est du Canada et l’est des États-Unis sont généralement plus secs (Bonsal et Shabbar 2008, Dutton 2010), tandis que le nord-est du Canada est plus humide en raison des vents de l’Atlantique qui apportent de l’air chaud et humide dans la région (Brown 2010).

Conclusion

L’ONA est un facteur important de la variabilité climatique interne  en Amérique du Nord, dans l’Arctique et en Europe, en particulier dans l’Atlantique Nord. Dans le nord-est du Canada, les deux phases de l’ONA peuvent être utilisées pour comprendre la variabilité de la température, des précipitations, de la glace de mer et de la fréquence des tempêtes.

Contrairement à l’oscillation El Niño-Sud (ENSO), qui peut être prévue plusieurs mois à l’avance, un changement dans la phase de l’ONA ne peut être prévu qu’une semaine ou deux à l’avance. Une meilleure compréhension de la variabilité interne à partir de téléconnexions comme l’ONA peut conduire à des modèles climatiques plus précis et à des améliorations dans les prévisions saisonnières.

Lectures complémentaires

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’ONA, comment elle est mesurée, comment elle influence le climat du Canada (et d’autres pays bordant l’Atlantique Nord) et comment la phase de l’ONA peut être prédite, veuillez consulter les ressources suivantes :

Si vous vous intéressez aux prévisions saisonnières à décennales (S2D) ou à la manière dont elles sont influencées par la variabilité climatique interne, vous pouvez en savoir plus sur la page d’accueil S2D :

Références

Bonsal, B. et Shabbar, A., 2008. Impacts de la variabilité de la circulation à grande échelle sur les faibles débits fluviaux au Canada : une revue. Revue canadienne des ressources hydriques, 33(2), pp. 137-154.

Brown RD. 2010. Analyse de la variabilité et de l’évolution de la couverture neigeuse au Québec, 1948-2005. Hydrological Processes, 24(14) : 1929-1954. https://doi.org/10.1002/hyp.7565.

Dutton J. 2021. World Climate Service. Qu’est-ce que l’oscillation nord-atlantique (NAO) ? Consulté le 11/12/2025. Disponible en ligne à l’adresse https://www.worldclimateservice.com/2021/08/26/north-atlantic-oscillation/.

Killworth PD. 2001. Ondes de Rossby. Dans : Steele JH (éd.) Encyclopedia of Ocean Sciences. Academic Press : Oxford, 2434–2443.

Lindsey R, Dahlman L. 2009. Administration nationale océanique et atmosphérique. Variabilité climatique : oscillation nord-atlantique. Consulté le 23/10/2025. Disponible à l’adresse : https://www.climate.gov/news-features/understanding-climate/climate-variability-north-atlantic-oscillation

Nigam S, Baxter S. 2015. CIRCULATION GÉNÉRALE DE L’ATMOSPHÈRE | Téléconnexions. Dans : North GR, Pyle J et Zhang F (éd.) Encyclopédie des sciences atmosphériques (deuxième édition). Academic Press : Oxford, 90–109.

Qian M, Jones C, Laprise R, Caya D. 2008. Les influences de l’oscillation nord-atlantique (NAO) et de la banquise de la baie d’Hudson sur le climat de l’est du Canada. Climate Dynamics, 31(2) : 169-182. https://doi.org/10.1007/s00382-007-0343-9.

Visbeck MH, Hurrell JW, Polvani L, Cullen HM. 2001. L’oscillation nord-atlantique : passé, présent et avenir. Actes de l’Académie nationale des sciences 98(23) : 12876-12877. https://doi.org/10.1073/pnas.231391598.

Wettstein JJ, Mearns LO. 2002. L’influence de l’oscillation Atlantique-Arctique sur la moyenne, la variance et les extrêmes de température dans le nord-est des États-Unis et au Canada. Journal of Climate, 15(24), 3586-3600. https://doi.org/10.1175/1520-0442(2002)015<3586:TIOTNA>2.0.CO;2

Whan K, Zwiers F. 2017. L’impact de l’ENSO et de la NAO sur les précipitations hivernales extrêmes en Amérique du Nord dans les observations et les modèles climatiques régionaux. Climate Dynamics, 48(5): 1401–1411. https://doi.org/10.1007/s00382-016-3148-x.

Zhao H, Higuchi K, Waller J, Auld H, Mote T. 2013. Les impacts du PNA et du NAO sur l’enneigement maximal annuel dans le sud du Canada entre 1979 et 2009. International Journal of Climatology, 33(2) : 388-395. https://doi.org/10.1002/joc.3431.