Les données climatiques en action : comment s’attend-on à ce que les changements climatiques affectent l’industrie du ski en Ontario ?

Date 13 octobre 2026
Auteur Frances Delaney, Centre canadien des services climatiques
Sujets Données climatiques en action
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Introduction

L’industrie du ski en Ontario est un élément important de l’économie et de la culture touristiques hivernales de la province, grâce aux milliers de visiteurs qu’elle attire chaque année dans ses stations et sur ses pistes. Des pentes de Blue Mountain aux petites collines locales, le ski alpin et la planche à neige contribuent de manière marquante à l’économie locale. Cependant, les changements climatiques posent des défis à l’industrie du ski en Ontario. La hausse des températures, la modification des régimes de précipitations et le raccourcissement des saisons hivernales ont créé une incertitude pour les exploitants de stations de ski, entraînant des saisons de ski plus courtes et un besoin croissant de neige artificielle.

Alors que les changements climatiques continuent de modifier les conditions météorologiques hivernales, la compréhension des changements futurs dans les régimes de chutes de neige au Canada peut aider à éclairer la planification à long terme pour l’industrie du ski. Récemment, donneesclimatiques.ca a publié de nouvelles projections des chutes de neige pour le Canada. Cet article montre comment les projections des chutes de neige peuvent être utilisées pour analyser les changements dans la durée de la saison des chutes de neige dans les stations de ski de Blue Mountain, Boler Mountain et Loch Lomond en Ontario.

Prêt à utiliser les projections de chutes de neige ? Cliquez ici pour commencer à explorer.

Prévisions de chutes de neige

Les nouvelles projections de chutes de neige de donneesclimatiques.ca utilisent les précipitations quotidiennes et la température quotidienne pour déterminer si les précipitations futures tomberont sous forme de pluie ou de neige. Les données sont issues de simulations des précipitations quotidiennes totales et de la température quotidienne moyenne. Vous trouverez ici (en anglais seulement) plus d’informations sur la méthodologie utilisée pour élaborer cet ensemble de données.

Une façon courante d’exprimer les chutes de neige consiste à utiliser l’équivalent en eau de la neige, plus précisément La hauteur de l’équivalent en eau de la neige fraîche (HNW [de l’anglais Height of New snowfall Water equivalent] ou équivalent en eau des chutes de neige). Cela représente la profondeur d’eau qui résulterait de la fonte d’une couche de neige fraîchement tombée.[1]

Les projections des chutes de neige, exprimées en HNW, décrivent les variables suivantes pour les quatre scénarios d’émissions (SSP1-2.6, SSP2-4.5, SSP3-7.0 et SSP5-8.5) (cliquez ici pour en savoir plus sur les scénarios SSP, y compris le dernier article sur le nouveau scénario d’émissions, SSP3-7.0) de 1950 à 2100 : 

Bien que ces projections fournissent des informations importantes  sur l’évolution future des chutes de neige, il convient de tenir compte des limites spatiales et topographiques (voir encadré 1).

Pour plus d’informations sur cet ensemble de données, voir :

Encadré 1 : Considérations relatives à l’utilisation des données à long terme sur les chutes de neige

Cellules de grille ou emplacement ponctuel : Les données sur les chutes de neige disponibles sur ClimateData.ca sont résolues en cellules de grille de 10 km x 6 km. Ainsi, les données peuvent différer des observations des chutes de neige à un emplacement ponctuel spécifique, en particulier si la région présente une topographie complexe (par exemple, si un terrain montagneux et un terrain de basse altitude sont situés dans une même cellule de grille). 

Chutes de neige ou manteau neigeux : les projections des chutes de neige représentent la quantité de neige qui tombe en 24 heures. Les projections du manteau neigeux représentent l’accumulation de neige au sol au cours d’une saison.

Les stations de ski de l’Ontario et le changement climatique

En Ontario, les stations de ski sont confrontées à l’incertitude quant à la durée future des saisons de ski. Comme les stations de ski de l’Ontario sont situées à des altitudes plus basses que celles de l’ouest du Canada, elles dépendent fortement des chutes de neige au sol pour leur fonctionnement et des températures froides pour la fabrication de neige.

Pour chaque station de ski, la durée de la saison des chutes de neige a été évaluée en utilisant le nombre de jours entre le premier et le dernier jour où les chutes de neige sont égales ou supérieures à 1 mm (inclus). Le tout premier jour est le 1er juillet tandis que le tout dernier jour est le 30 juin de l’année suivante.

Blue Mountain

La station de Blue Mountain, située près de Collingwood, en Ontario, connaît de longs hivers en raison de sa proximité de la baie Georgienne, dans le lac Huron. La figure 1 présente la durée modélisée de la saison des chutes de neige pour la station, sur la base d’un ensemble de modèles climatiques. Pour la période de référence 1971-2000, la durée modélisée de la saison des chutes de neige est d’environ 170 jours[2] . Pour la période suivante de 30 ans (1991-2020), les modèles indiquent une réduction moyenne de la saison des chutes de neige d’environ 7 jours par rapport à cette période de référence. 

Les projections suggèrent que la saison des chutes de neige continuera à raccourcir à l’avenir:

  • Milieu du siècle (2021-2050) : une réduction d’environ 15 à 17 jours par rapport à 1971-2000, ce qui donne une saison des chutes de neige d’environ 153 à 155 jours. Les différences entre les scénarios à faibles et à fortes émissions sont minimes à cet horizon temporel.
  • Fin du siècle (2071-2100) : des différences plus importantes entre les scénarios d’émissions apparaissent à la fin du siècle. Les projections varient de 21 à 45 jours de moins par rapport à la moyenne de 1971-2000, ce qui correspond à une saison des chutes de neige d’environ 122 à 149 jours (environ trois à sept semaines de moins que la période de référence), selon le scénario d’émissions.

 Ces résultats modélisés illustrent la diminution prévue de la durée de la saison des chutes de neige à Blue Mountain, l’ampleur du changement d’ici la fin du siècle dépendant des trajectoires d’émissions futures.

Figure 1 : Durée annuelle de la saison des chutes de neige à Blue Mountain (44°30’12,41″ N, 80°18’43,67″ O ; 44,375, -80,2917) de 1950 à 2100. La ligne noire correspond à la moyenne des données modélisées (cliquez ici pour en savoir plus sur les données historiques modélisées : Données historiques modélisées — ClimateData.ca), et les quatre lignes colorées représentent les scénarios d’émissions des trajectoires socio-économiques partagées (SSP). Le bleu représente le scénario d’émissions le plus faible (SSP1-2,6), le vert le deuxième plus faible (SSP2-4,5), l’orange le deuxième plus élevé (SSP3-7,0) et le rouge le scénario d’émissions le plus élevé (SSP5-8,5). 

Boler Mountain

Boler Mountain, située dans la « ceinture de neige » près de London, en Ontario, connaît également de longs hivers, en raison de sa proximité des Grands Lacs, en particulier le lac Huron. La figure 2 présente la durée modélisée de la saison des chutes de neige pour la station, sur la base d’un ensemble de modèles climatiques. Pour la période de référence 1971-2000, la durée modélisée de la saison des chutes de neige est d’environ 143 jours. Pour la période suivante de 30 ans (1991-2020), les modèles indiquent une réduction moyenne d’environ 7 jours de la saison des chutes de neige par rapport à cette période de référence.

 

Les projections suggèrent que la saison des chutes de neige continuera à raccourcir à l’avenir:

  • Milieu du siècle (2021-2050) : une réduction d’environ 15 à 18 jours par rapport à 1971-2000, ce qui donne une saison des chutes de neige d’environ 125 à 129 jours. Les différences entre les scénarios à faibles et à fortes émissions sont minimes à cet horizon temporel.
  • Fin du siècle (2071-2100) : des différences plus importantes entre les scénarios d’émissions apparaissent à la fin du siècle. Les projections varient de 20 à 51 jours de moins par rapport à la moyenne de 1971-2000, ce qui correspond à une saison des chutes de neige d’environ 92 à 123 jours (environ trois à sept semaines de moins), selon le scénario d’émissions.

 

Ces résultats modélisés illustrent la diminution prévue de la durée de la saison des chutes de neige à Boler Mountain, l’ampleur du changement d’ici la fin du siècle dépendant des trajectoires d’émissions futures.

Figure 2 : Durée de la saison des chutes de neige à Boler Mountain (42°56’39,83″ N, 81°20’21,72″ O ; 42,9583, -81,375) de 1950 à 2100. La ligne noire correspond à la moyenne des données modélisées (cliquez ici pour en savoir plus sur les données historiques modélisées : Données historiques modélisées — ClimateData.ca), et les quatre lignes colorées représentent les scénarios d’émissions des trajectoires socio-économiques partagées (SSP). Le bleu représente le scénario d’émissions le plus faible (SSP1-2,6), le vert, le deuxième plus faible (SSP2-4,5), l’orange, le deuxième plus élevé (SSP3-7,0) et le rouge, le scénario d’émissions le plus élevé (SSP5-8,5).   

Loch Lomond

La station de ski de Loch Lomond connaît de longs hivers en raison de sa situation géographique septentrionale et de sa proximité de l’eau, puisqu’elle est située au nord du Loch Lomond et du lac Supérieur, près de Thunder Bay, dans le nord de l’Ontario. La figure 3 présente la durée modélisée de la saison des chutes de neige pour la station, sur la base d’un ensemble de modèles climatiques. Pour la période de référence 1971-2000, la durée modélisée de la saison des chutes de neige est d’environ 182 jours. Pour la période suivante de 30 ans (1991-2020), les modèles indiquent une réduction moyenne d’environ 6 jours par rapport à cette période de référence.

 

Les projections suggèrent un raccourcissement continu de la saison des chutes de neige à l’avenir :

  • Milieu du siècle (2021-2050) : réduction d’environ 16 à 21 jours par rapport à 1971-2000, ce qui donne une saison des chutes de neige d’environ 162 à 166 jours. Les différences entre les scénarios à faibles et à fortes émissions sont minimes à cet horizon temporel.
  • Fin du siècle (2071-2100) : des différences plus importantes entre les scénarios d’émissions apparaissent à la fin du siècle. Les projections varient de 22 à 48 jours de moins par rapport à la moyenne de 1971-2000, ce qui correspond à une saison des chutes de neige d’environ 131 à 160 jours (environ trois à sept semaines de moins), selon le scénario d’émissions.

 

Ces résultats modélisés illustrent la diminution prévue de la durée de la saison des chutes de neige à Loch Lomond, l’ampleur du changement d’ici la fin du siècle dépendant des trajectoires d’émissions futures.

Figure 3 : Durée de la saison des chutes de neige à Loch Lomond (48°17’38,35″ N, 89°20’53,65″ O ; 48,2917, -89,375) de 1950 à 2100. La ligne noire correspond à la moyenne des données modélisées (cliquez ici pour en savoir plus sur les données historiques modélisées : Données historiques modélisées — ClimateData.ca), et les quatre lignes colorées représentent les scénarios d’émissions des trajectoires socio-économiques partagées (SSP). Le bleu représente le scénario d’émissions le plus faible (SSP1-2,6), le vert le deuxième plus faible (SSP2-4,5), l’orange le deuxième plus élevé (SSP3-7,0) et le rouge le scénario d’émissions le plus élevé (SSP5-8,5). 

Adaptation aux saisons de neige plus courtes

Bien que ces trois stations de ski ontariennes soient susceptibles de connaître des saisons de chutes de neige plus courtes à l’avenir, les données climatiques aident à expliquer les facteurs à l’origine de ces changements (par exemple, la température par rapport aux précipitations ou les deux), qui peuvent être utilisés pour éclairer les plans d’affaires et d’investissement. Par exemple, de nombreuses stations de ski ont étudié la viabilité d’investissements dans des équipements de fabrication de neige artificielle et la diversification vers des activités tout au long de l’année.

Technologies d’enneigement artificiel : En Ontario, les investissements dans l’enneigement artificiel ont connu un changement important au milieu et à la fin des années 1980, en réponse à deux mauvaises saisons de ski pendant les hivers 1979/1980 et 1982/1983.[3] Aujourd’hui, presque toutes les stations de ski de l’Ontario disposent de capacités d’enneigement artificiel. Des études ont démontré qu’en fabriquant de la neige, les stations de ski peuvent prolonger considérablement la durée de leur saison. Par exemple, dans Scott et collab. 2003, les auteurs ont noté qu’une petite station de ski située à une heure au nord de Toronto (Horseshoe Ski Resort) a prolongé sa saison de ski de de 33 à 830 % pendant cette période grâce à ses investissements dans la fabrication de neige, lorsqu‘on compare  les registres de chutes de neige ou la station météorologique la plus proche à la profondeur de la neige à Horseshoe Ski Resort. L’étude montre que cette station peut désormais ouvrir toutes ses pistes avec seulement cinq jours de températures propices à la fabrication de neige par saison. Il existe même des canons à neige qui peuvent fonctionner à des températures supérieures à zéro (jusqu’à 17 °C), ce que Boler Mountain a déjà mis en place, devenant ainsi la première station de ski canadienne à le faire.[4]

« [L’unité de fabrication de neige à température positive] est capable de fabriquer de la neige à pratiquement n’importe quelle température… Nous sommes en pleine production en ce moment, c’est une belle journée, il fait environ 10 degrés (˚C) dehors, et cela ne produit pas des tonnes de neige, mais nous sommes là-bas en train de produire de la neige au sommet, là où il est le plus difficile pour nous d’utiliser nos méthodes traditionnelles de production de neige. »

– Marty Thody (membre de l’équipe de direction de Boler Mountain)

Activités tout au long de l’année : les stations ont également diversifié leurs activités afin d’attirer des visiteurs en dehors de la saison de ski. Outre les activités hivernales telles que la raquette, la randonnée, le patinage et la luge, de nombreuses stations proposent désormais des activités estivales comme le golf, le vélo de montagne, le trampoline, l’escalade et des camps. Ces équipements, ainsi que les restaurants, les boutiques, les spas et les studios de yoga, attirent les touristes. Par exemple, Blue Mountain Village est devenu une destination populaire pour les fins de semaine, que ce soit pour la randonnée pédestre, le magasinage, la détente ou les enterrements de vie de célibataires. De nombreuses stations de ski du sud de l’Ontario investissent du temps et de l’argent pour diversifier leurs activités afin de garantir leur viabilité tout au long de l’année.[5]

Conclusion

Les chutes de neige jouent un rôle crucial dans le façonnement de l’environnement canadien et de nos activités récréatives hivernales. Au moment où les changements climatiques modifient les régimes de chutes de neige, il est important de comprendre comment ces changements auront un impact sur les activités récréatives qui nous tiennent à cœur.

Les données climatiques peuvent fournir un contexte utile à l’industrie du ski qui réfléchit à la manière de réagir au réchauffement climatique. Les informations sur l’évolution possible des saisons de neige peuvent aider les stations de ski de l’Ontario à évaluer différentes options, telles que l’investissement dans la fabrication de neige artificielle ou la diversification vers des activités autres que le ski.

Références

[1] Egli, L., Jonas, T. & Meister, Roland. (2009). Comparison of different automatic methods for estimating snow water equivalent. Cold Regions Science and Technology – COLD REG SCI TECHNOL. 57. 107-115. 10.1016/j.coldregions.2009.02.008.

[2] Les valeurs fournies tout au long de ce rapport représentent le50ecentile, c’est-à-dire la médiane de l’ensemble.

[3] Scott, D., McBoyle, G., & Mills, B. (2003). Climate change and the skiing industry in southern Ontario (Canada): exploring the importance of snowmaking as a technical adaptation. Climate research, 23(2), 171-181.

[4] Simon, A. (2022). Boler Mountain unveils Canada’s first positive temperature snowmaking unit. Global News. Boler Mountain unveils Canada’s first positive temperature snowmaking unit – London | Globalnews.ca

[5] Palter, J., & Caraway, B. R. (2023). Understanding the approaches taken by private ski clubs in Southern Ontario to address climate change and sustainability. Journal of Outdoor Recreation and Tourism, 43, 100683.