Les données climatiques en action: Projections des futurs épisodes de fortes chutes de neige dans le nord du Canada

Date 28 octobre 2026
Auteur Carly Madge, Centre canadien des services climatiques
Sujets Données climatiques en action
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Note

Les renseignements concernant les phénomènes météorologiques extrêmes et la communauté de Kangiqtugaapik (Clyde River), au Nunavut, proviennent d’une équipe de scientifiques et de partenaires communautaires du projet Arctic Rain on Snow Study du National Snow and Ice Data Center. Pour en savoir plus sur leurs travaux et leur enquête sur les phénomènes extrêmes survenus à Kangiqtugaapik en 2021 et 2022, consultez l’étude Extreme Arctic Weather and Community Impacts in Nunavut: A Case Study of One Winter’s Storms and Lessons for Local Climate Change Preparedness. Cet article a été rédigé par le Centre canadien des services climatiques (CCSC), un partenaire de Donneesclimatiques.ca, et est partagé avec l’autorisation du National Snow and Ice Data Center. Le CCSC les remercie sincèrement pour leur collaboration.

Introduction

La neige occupe une place importante dans la culture et l’identité canadiennes. Bien qu’elle apporte de nombreux avantages aux communautés, notamment en favorisant les activités récréatives et traditionnelles, elle présente également des défis, allant des tempêtes de neige et des routes glacées aux dommages causés aux infrastructures. À l’inverse, le manque de neige entraîne ses propres problèmes, tels que la diminution des réserves d’eau et l’augmentation des risques d’incendies de forêt.[1]

Alors que les changements climatiques modifient les régimes de chutes de neige, il est devenu important de comprendre ces changements afin de favoriser la planification à long terme et l’adaptation. Donneesclimatiques.ca propose des projections des chutes de neige pour l’ensemble du pays selon différents scénarios futurs. Cet article met en lumière la variable Chute de neige maximale en 1 jour issue de ces projections, à travers une étude de cas portant sur Kangiqtugaapik, au Nunavut. Cet exemple illustre comment les données climatiques peuvent nous aider à mieux comprendre les phénomènes hivernaux extrêmes susceptibles de se produire à l’avenir.

Événements météorologiques extrêmes et communautés nordiques

Les épisodes de fortes chutes de neige représentent un aléa dans de nombreuses régions du Canada. Ils peuvent avoir des répercussions sur l’économie, perturber les réseaux de transport et entraîner des pannes du réseau électrique. Ils posent également des risques importants pour la sécurité publique, car les charges de neiges importantes peuvent entraîner des défaillances structurelles, accroître le risque d’accidents routiers et limiter la mobilité.

Le réchauffement planétaire modifie les régimes de chutes de neige partout au Canada. À mesure que les températures augmentent, une plus grande proportion des précipitations devrait tomber sous forme de pluie plutôt que de neige dans une grande partie du pays. Toutefois, les modèles climatiques projettent une augmentation des chutes de neige dans le nord du Canada (Figure 1). Cela s’explique par le fait que l’air plus chaud peut contenir davantage d’humidité.[2]

Bien que le réchauffement de la région soit environ trois fois plus important que la moyenne mondiale[3], les températures hivernales resteront généralement suffisamment basses pour que les précipitations tombent sous forme de neige. Avec des hivers plus doux, mais toujours froids, et un air plus humide, le nord du Canada pourrait connaître des chutes de neige plus abondantes et un risque accru d’épisodes de fortes chutes de neige.

Figure 1: Évolution des chutes de neige annuelles entre les périodes 1971-2000 et 2071-2100 selon le scénario d’émissions SSP5-8.5, qui prévoit une hausse plus importante des températures futures, montrant les augmentations projetées dans le nord.

Augmentation des conditions propices aux blizzards

Dans la communauté de Kangiqtugaapik, au Nunavut, les conditions météorologiques hivernales extrêmes sont fréquentes. Située sur la côte est de l’île de Baffin, cette communauté connaît souvent des vents violents et de fortes précipitations. Toutefois, en raison de son éloignement, les tempêtes peuvent mettre en danger la santé et la sécurité de la population. De novembre 2021 à avril 2022, la communauté a connu 33 jours de conditions de blizzard, soit plus que durant tout autre hiver depuis au moins 1978-1979[4]. Ces conditions extrêmes, combinées au manque d’équipement fonctionnel pour le déneigement, ont isolé la communauté et l’ont privée de services essentiels, notamment l’approvisionnement en eau et la livraison de nourriture, ce qui a mené à la déclaration de l’état d’urgence.

Comment les données climatiques futures peuvent être utiles

L’utilisation des données climatiques pour mettre en évidence les tendances futures des phénomènes extrêmes et des événements météorologiques extrêmes peut s’avérer complexe. Un indicateur des épisodes de fortes chutes de neige est La chute de neige maximale en un jour, qui correspond à la plus grande quantité de neige tombée au cours d’une période de 24 heures pour la fréquence temporelle sélectionnée. Cet indicateur est disponible dans les projections des chutes de neige sur Donneesclimatiques.ca.

La Figure 2 présente les changements projetés de la chute de neige maximale en un jour à Kangiqtugaapik d’ici 2100, selon un scénario à fortes émissions. La ligne rouge représente la projection médiane, c’est-à-dire la valeur médiane de l’ensemble des modèles. La zone ombragée illustre la dispersion des résultats : la limite inférieure (10e percentile) correspond à une valeur que 90 % des résultats des modèles dépasseront, tandis que la limite supérieure (90e percentile) correspond à une valeur que seulement 10 % des résultats des modèles dépasseront.

La chute de neige maximale médiane en un jour à Kangiqtugaapik ne devrait pas augmenter de façon significative (figure 2), même selon le scénario d’émissions le plus élevé. Toutefois, la limite supérieure (90e percentile) indique qu’une augmentation des épisodes de chutes de neige en une seule journée est possible d’ici la fin du siècle. Ce scénario est moins probable que celui représenté par la médiane, mais il met en évidence la possibilité que des épisodes de fortes chutes de neige continuent de se produire à l’avenir.

Figure 2: Chute de neige maximale en un jour à Kangiqtugaapik, exprimée en équivalent en eau de la hauteur de neige fraîche (mm), selon un scénario à fortes émissions (SSP5-8.5).

Durant l’hiver 2021-2022, la communauté s’est mobilisée pour faire face aux conditions de blizzard rigoureuses et les surmonter, en s’entraidant pour se dégager de la neige. Toutefois, des préoccupations subsistaient quant aux raisons pour lesquelles cet hiver avait été marqué par des blizzards aussi extrêmes et aux moyens dont la communauté pourrait se doter pour mieux se préparer aux tempêtes futures, qui devraient persister et pourraient même s’intensifier. Ces préoccupations ont donné lieu à une étude collaborative réunissant des spécialistes des sciences physiques et sociales ainsi que des membres de la communauté.

Les membres de la communauté ont souligné que les vents violents avaient aggravé les effets des chutes de neige extrêmes de l’hiver 2021-2022. Les blizzards se caractérisent par une visibilité réduite et des vents violents, et non simplement par d’importantes chutes de neige. Ainsi, les conditions de blizzard peuvent être causées par des chutes de neige en cours ou par la neige soulevée et transportée par le vent.[2]

Il est difficile de déterminer l’influence des changements climatiques sur les vents extrêmes au Canada en raison de la complexité des processus atmosphériques qui régissent la vitesse du vent, dont bon nombre ne sont pas pris en compte dans les modèles climatiques. La plupart des analyses historiques des vitesses de vent extrêmes au Canada révèlent des tendances faibles ou incohérentes, et une grande incertitude persiste quant à l’évolution des régimes de vent dans un climat plus chaud[5] (pour en savoir plus, consultez l’article Les changements climatiques et les vents forts). Malgré cette incertitude, il est prudent pour les communautés de se préparer afin de réduire au minimum les répercussions potentielles. Dans ce contexte, comprendre comment les épisodes de fortes chutes de neige pourraient évoluer à l’avenir est important pour aider les communautés à s’adapter et à réduire les risques.

Comment les communautés s’adaptent à l’évolution des régimes de chutes de neige

Les projections climatiques fournissent des renseignements précieux sur l’évolution possible des phénomènes météorologiques extrêmes, mais elles ne permettent pas d’en brosser un tableau complet. Pour mieux comprendre ces phénomènes, il est essentiel de recueillir les témoignages des personnes qui les ont vécus directement. Dans l’étude Lessons from an Arctic community’s winter of extreme events, les chercheurs ont analysé des reportages médiatiques et des publications sur les réseaux sociaux, en plus de participer à des discussions avec les membres de la communauté, afin de mieux comprendre pourquoi les blizzards de cet hiver avaient été si violents et de cerner les principaux domaines à améliorer en matière de préparation et d’adaptation. Les témoignages recueillis ont mis en évidence l’importance d’améliorer les capacités de déneigement, d’offrir de la formation aux opérateurs d’équipement et de collaborer avec les spécialistes locaux et les résidents afin de développer des services météorologiques et des outils d’information plus efficaces.[2]

Les phénomènes météorologiques extrêmes, en particulier les épisodes de fortes chutes de neige et les blizzards, suscitent des préoccupations croissantes dans les communautés nordiques comme Kangiqtugaapik, au Nunavut. Comme les changements climatiques modifient les régimes de chutes de neige, ces régions pourraient connaître des événements plus intenses à l’avenir. Bien que les projections  climatiques puissent contribuer à mieux préparer les communautés, il est essentiel de collaborer avec celles-ci pour comprendre leurs expériences et élaborer des stratégies d’adaptation efficaces. L’étude menée à Kangiqtugaapik souligne l’importance d’intégrer les sciences physiques, les systèmes de connaissances autochtones et des connaissances locales aux efforts d’adaptation aux changements climatiques.

Références

[1] Jain, P., Barber, Q.E., Taylor, S.W. et al. Drivers and Impacts of the Record-Breaking 2023 Wildfire Season in Canada. Nat Commun 15, 6764 (2024). https://doi.org/10.1038/s41467-024-51154-7

[2] Introduction aux changements climatiques et aux précipitations extrêmes

[3] Environnement et Changement climatique Canada (2024) Indicateurs canadiens de durabilité de l’environnement : Changements de la température au Canada. Consulté le jour mois année. Disponible à : www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/indicateurs-environnementaux/changements-temperature.html.

[4] Lessons from an Arctic community’s winter of extreme events (Disponible en anglais uniquement)

[5] Les changements climatiques et les vents forts