Impacts des changements climatiques sur la santé physique et mentale au Nouveau-Brunswick

Au Nouveau-Brunswick comme ailleurs, le changement climatique est désormais un problème de santé publique.

Recherche et rédaction : Annick Poitras, rédactrice | Collaborateurs: Christiane Allen, Elaine Barrow, Diane Chaumont, Victor Gallant, Trevor Murdock, Abderrahmane Yagouti.

Résumé

Un rapport du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick explique comment les changements climatiques affecteront la santé physique et mentale de la population. L’étude combine les projections climatiques pour la période 2021-2050 et les profils de santé communautaire existants pour 16 collectivités du Nouveau-Brunswick.

Contexte

Au Nouveau-Brunswick comme ailleurs, le changement climatique est un problème de santé publique. Les changements de température et de précipitations provoquent des inconvénients au quotidien avec le potentiel d’augmenter les risques de contracter la maladie de Lyme, l’aggravation des allergies dues aux pollen, l’écoanxiété, etc. L’occurrence d’événements météorologiques extrêmes comme les inondations, l’érosion côtière, les dommages aux infrastructures, aggravent aussi les conditions de santé physique et mentale de la population.

Hausse des températures

La température influence les cycles naturels, nos modes de vie et notre santé. Les vagues de chaleur peuvent provoquer la mort de personnes âgées ou malades, de même qu’une augmentation de la violence conjugale et des activités criminelles.

Au Nouveau-Brunswick, les températures moyennes dans 16 collectivités examinées augmenteront dans le futur, particulièrement en hiver et au printemps. Ces augmentations s’ajouteront au réchauffement existant.

D’ici 2050, les journées extrêmement chaudes deviendront plus fréquentes dans la province. Par exemple, le nombre de jours où les températures atteignent au moins 30 degrés Celsius à Fredericton doubleront ou tripleront à l’horizon 2050 selon le RCP (Trajectoire représentative des concentrations) sélectionné (voir la figure 1).

Figure 1. Évolution du nombre de jours avec une température maximale supérieure ou égale à 30°C pour Fredericton, Nouveau-Brunswick, 1950-2100.

Les Néo-Brunswickois peuvent également s’attendre à vivre beaucoup moins de jours sans gel. Ces températures douces augmenteront le risque d’exposition aux tiques porteuses de la maladie de Lyme. En 2017, 29 cas confirmés de maladie de Lyme ont été signalés à Santé publique du Nouveau-Brunswick, soit plus du triple des huit cas signalés en 2016.

Un minimum de 2800 degrés-jours au-dessus de 0 ° C a été identifié comme nécessaire à la survie des tiques. Ainsi, l’étendue possible de la présence de la maladie de Lyme peut être cartographiée à l’aide de ces informations. La figure 2 permet de comparer l’effet du RCP sur la distribution spatiale du climat favorable à la survie des tiques. Le RCP8.5 suggère que toutes les régions auront atteint le seuil minimum de 2800 degrés-jours au-dessus de 0 ° C au cours de la décennie 2060 tandis que les altitudes les plus élevées seraient protégées jusqu’à la décennie 2090 si les mesures pour atteindre le RCP2.6 étaient adoptées.

Figure 2. Cartes des degrés-jours cumulatifs au-dessus de 0 ° C de 1950 à 2100 au Nouveau-Brunswick (gauche : RCP2.6; droite : RCP8.5)

RCP 2.6

RCP 8.5

Décennie
Opacité

Augmentation des précipitations

Les projections climatiques suggèrent une augmentation des précipitations annuelles moyennes dans les années à venir. Plus de pluie en hiver dans le nord du Nouveau-Brunswick, combinée à des températures plus chaudes au printemps, pourrait entraîner un plus grand risque d’inondation, semblable à celui qui a prévalu dans cette province en 2018 et 2019.

Effets sur la santé

L’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) a publié certains effets importants du changement climatique sur la santé au Canada (voir tableau 1). L’augmentation de la température, les changements de précipitations, les changements de fréquence et d’intensité des événements météorologiques extrêmes ont un effet sur la qualité de l’air, les incendies de forêt, les vagues de chaleur, l’habitat des vecteurs de maladies, les cultures, qui à leur tour, augmentent l’exposition de la population à risque.

Tableau 1. Exemples d’effets du climat sur la santé et relations de causalité pertinentes au Canada

Source: Perrota, K. (2019). Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME). Boîte à outils sur les changements climatiques à l’intention des professionnels de la santé: Module 3 – Effets des changements climatiques sur la santé au Canada. Avril 2019. Page 2. Extrait de : https://cape.ca/wp-content/uploads/2019/04/Module-3-French-Final-April-12-2019.pdf

Les Néo-Brunswickois risquent de subir les effets néfastes des changements climatiques sur la santé mentale. Alors que les dommages causés aux composantes des infrastructures sociales entraînent des conséquences graves pour le bien-être psychologique, ce sont les impacts progressifs des changements climatiques qui entraîneront certaines des conséquences psychologiques chroniques les plus importantes, tel que :

    • Traumatisme et choc
    • Trouble de stress post-traumatique
    • Stress
    • Colère
    • Tensions dans les relations sociales
    • Agression et violence
    • Dépression
    • Anxiété et écoanxiété
    • Idées suicidaires
    • Mauvaise utilisation de substances
    • Perte de lieux d’importance personnelle
    • Perte d’autonomie et de contrôle
    • Sentiments d’impuissance, de peur et de fatlisme

Stratégies d’adaptation 

Au Nouveau-Brunswick, environ 40 % des ménages utilisent un climatiseur autonome ou central, comparativement à près de 80 % en Ontario et au Manitoba. Les personnes âgées ou en mauvaise santé, surtout si elles ont de faibles revenus, peuvent avoir moins de tolérance à la chaleur extrême. De là l’importance du système d’alerte et d’intervention à la chaleur (SAIC) pour gérer les risques sanitaires, qui comporte trois niveaux d’alerte basés sur trois facteurs qui caractérisent un événement de chaleur extrême : l’intensité, la durée et l’exposition à la chaleur pendant la nuit.

Il existe dans la province des programmes provinciaux d’éducation du public concernant la présence grandissante des tiques à pattes noires porteuses de la maladie de Lyme (comme Gare aux tiques et Lyme NB), de même que sur les risques d’inondations.

La tempête post-tropicale Arthur en juillet 2014 et la tempête de verglas de janvier 2017 dans la Péninsule acadienne ont permis de tirer des leçons pour venir en aide aux personnes les plus vulnérables.  À Lamèque, les visites de porte à porte pendant la tempête de verglas ont révélé des niveaux d’isolement inquiétants pour les personnes à faible revenu. Les dirigeants de l’église de Notre-Dame-des-Flots ont réagi en construisant une cuisine, une douche et une buanderie communautaires, et en offrant des repas gratuits et des conseils. Ces types de services sont utiles pour créer des liens et renforcer la résilience de la communauté.

L’autosuffisance alimentaire locale présente des avantages potentiels pour la sécurité alimentaire, en particulier si le changement climatique perturbe la production alimentaire mondiale et que les importations de denrées vers des endroits comme le Nouveau-Brunswick deviennent plus chères.

Sur le plan de la santé mentale, il est recommandé aux autorités d’aider les individus à croire en leur propre résilience, à favoriser l’optimisme, à cultiver leurs capacités d’adaptation, à maintenir des pratiques qui aident à donner un sens et à promouvoir la connectivité avec la famille, le lieu, la culture et la communauté.

Points à retenir

  • Les scénarios climatiques futurs révèlent d’importantes hausses de température et de précipitations à prévoir dans 16 communautés du Nouveau-Brunswick.
  • Les changements climatiques ont et auront des impacts sur la santé physique et mentale des résidents, particulièrement les très jeunes, les aînés, les personnes isolées et les personnes à faible revenu. 
  • Diverses stratégies d’adaptation et programmes peuvent aider à mitiger ces effets, notamment des systèmes d’alertes en cas de canicule, des programmes d’éducation du public sur divers risques sanitaires, de même que des initiatives d’entraide et de soutien à la santé mentale des habitants.
Références

1Comeau, L. et Nunes, D. (2019). Healthy Climate, Healthy New Brunswickers: A proposal for New Brunswick that cuts pollution and protects health. Extrait de Fredericton, Nouveau-Brunswick: https://www.conservationcouncil.ca/wp-content/uploads/2019/06/Healthy-Climate-Healthy-New-Brunswickers-1.pdf  En ligne: https: //www.conservationcouncil. ca / wp-content / uploads / 2019/06 / Healthy-Climate-Healthy-New-Brunswickers-1.pdf

2Belén Sanz-Barbero,Cristina Linares,Carmen Vives-Cases,José Luis González,Juan José López-Ossorio,Julio Díaz, « Heat wave and the risk of intimate partner violence », Science of The Total Environment, Elsevier, 10 December 10 2018. En ligne:  https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2018.06.368

3Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME). Climate Change Toolkit for Health Professionals: Module 3 – Climate Change Health Impacts across Canada. Avril 2019. En ligne : https://cape.ca/wp-content/uploads/2019/05/Climate-Change-Toolkit-for-Health-Professionals-Updated-April-2019-2.pdf

4Clayton, S., Manning, C., Krygsman, K., & Speiser, M. (2017). Mental health and our changing climate climate: Impacts implications and guidance. American Psychological Association. (page 69). En ligne : https://www.apa.org/news/press/releases/2017/03/mental-health-climate.pdf

5Statistique Canada (2015). Households and the Environment Survey, 2013. En ligne: https://www150.statcan.gc.ca/n1/en/daily-quotidien/150310/dq150310a-eng.pdf?st=CwI7y7iC

6Clayton, S., Manning, C., Krygsman, K., & Speiser, M. (2017). Mental health and our changing climate climate: Impacts implications and guidance. American Psychological Association. (page 7). En ligne : https://www.apa.org/news/press/releases/2017/03/mental-health-climate.pdf