La maladie de Lyme en Ontario

L’incidence de la maladie de Lyme est en croissance en Ontario, particulièrement dans l’est de la province. Cette tendance va probablement se poursuivre dans le contexte des changements climatiques.

Résumé

L’incidence de la maladie de Lyme est en croissance en Ontario, particulièrement dans l’est de la province. Cette tendance va probablement se poursuivre dans le contexte des changements climatiques, ceux-ci entraînant des conditions climatiques et météorologiques favorables aux tiques à pattes noires, principales vectrices de la maladie de Lyme1. En effet, la hausse des températures favorise leur survie, prolonge leur période d’activité, augmente leur étendue géographique de même que celle de leurs hôtes réservoirs et reproducteurs (p. ex. les souris et les chevreuils) et allonge la durée de la saison d’exposition des humains aux tiques2.

Contexte

Dans les parties sud de l’est et du centre du Canada, la maladie de Lyme est transmise aux humains par la piqûre de la tique à pattes noires, Ixodes scapularis, principale tique vectrice de la bactérie Borrelia burgdorferi causant la maladie de Lyme.

En 2017, 1 003 cas confirmés et probables de maladie de Lyme ont été signalés en Ontario3, soit trois fois plus que la moyenne annuelle de 313 cas répertoriés entre 2012 à 2016. Les cas étaient plus fréquents entre juin et août, de même que chez les hommes (60 %), provoquant 31 hospitalisations, mais aucun décès. En 2017, l’incidence de la maladie de Lyme était à son plus haut niveau en Ontario depuis qu’elle est devenue à déclaration obligatoire en 1998. En 2018, 612 cas ont été rapportés en Ontario4.

La présence de la tique I. scapularis augmente dans l’est de l’Ontario dû à divers facteurs environnementaux favorables à sa propagation, notamment le type de couvert forestier, les conditions de microhabitat, l’humidité et la température 5. Parmi les facteurs favorisant l’établissement de tiques, notamment les zones à forte pluviométrie, le plus déterminant est l’augmentation du nombre de degrés-jours annuels cumulatifs au-dessus de 0 °C, un minimum de 2800 degrés jours au-dessus du point de congélation étant requis pour la survie de la tique. Le réchauffement climatique entraînera donc leur expansion géographique6. Des projections climatiques suggèrent qu’au Canada, selon les conditions météorologiques, la vitesse de propagation de la tique varie de 35 à 55 km par année et que la superficie colonisée par I. scapularis pourrait augmenter de 23 000 km2 à 317 000 km2 entre 2010 et 2020.

Figure 1 : Carte du nombre de degrés-jours annuels base 0°C

Parmi les facteurs climatiques favorisant l’établissement de tiques, le plus déterminant est l’augmentation du nombre de degrés-jours annuels cumulatifs au-dessus de 0 °C, un minimum de 2800 degrés jours au-dessus du point de congélation étant requis pour la survie de la tique. La figure présente cet indicateur climatique estimé à l’aide de 24 simulations climatiques issues de la base de données BCCAQv2. 

Décennie
Opacité

Stratégies d’adaptation

En Ontario, les responsables de la santé publique analysent les risques de maladie de Lyme en déclarant les cas de maladie de Lyme, en assurant la surveillance de la tique I. scapularis dans leur habitat naturel et en informant la population des risques d’infection.

Par exemple, de récents exercices de surveillance active ont été déployés en Ontario. À Ottawa5, entre les mois de juin et d’octobre 2017, des chercheurs ont procédé à la surveillance des tiques au moyen d’échantillonnage par la méthode de la flanelle sur 23 sites situés dans les parcs municipaux, les sentiers récréatifs et les boisés de la ville d’Ottawa. Au total, presque 30 % des 239 tiques I. scapularis ainsi collectées se sont révélées infectées par la bactérie B. burgdorferi, connue pour causer la maladie de Lyme.

Une étude de deux ans a aussi été menée dans les environs de Dundas7, où les vétérinaires et toiletteurs d’animaux domestiques ont été invités à collecter des tiques à pattes noires sur des chiens et des chats n’ayant pas voyagé. De plus, des spécimens d’I. scapularis ont été soumis aux chercheurs par des résidents locaux et collectés par marquage. Au total, 12 (41%) des 29 tiques à pattes noires recueillies étaient infectées par B. burgdorferi, confirmant la présence de ce pathogène dans cette région.

D’ailleurs, Santé publique Ontario publie chaque année une carte à jour identifiant les zones où la présence de tiques à pattes noires est connue et où les humains peuvent potentiellement entrer en contact avec des tiques infectées. Les zones à risque estimées sont calculées selon un rayon de 20 km du centre du lieu où des tiques à pattes noires ont été détectées.

Cette carte a pour but d’aider les bureaux de santé publique locaux à mener des enquêtes sur des cas de maladie de Lyme et les professionnels de la santé à évaluer les risques d’infection chez leurs patients. Santé publique Ontario prévient toutefois les utilisateurs que les tiques à pattes noires peuvent être transportées par des oiseaux migrateurs et qu’il est donc possible de rencontrer une tique infectante presque partout en Ontario.

Figure 2 : Cartographie des zones à risques en Ontario, été 2018

Santé publique Ontario publie chaque année une carte à jour identifiant les zones où la présence de tiques à pattes noires est connue et où les humains peuvent potentiellement entrer en contact avec des tiques infectées. Les zones à risque estimées sont calculées selon un rayon de 20 km du centre du lieu où des tiques à pattes noires ont été détectées.

Adapté de https://www.publichealthontario.ca/-/media/documents/lyme-disease-risk-area-map-2018.pdf?la=en

Points à retenir

  • En 2017, l’incidence de la maladie de Lyme était à son plus haut niveau en Ontario depuis qu’elle est devenue à déclaration obligatoire en 1998.
  • L’augmentation du nombre de degrés-jours annuels au-dessus de 0 °C favorise l'établissement de tiques à pattes noires, suggérant que le réchauffement climatique semble associé à leur expansion en Ontario et au Canada.
  • La surveillance des cas chez l’humain et de la distribution géographique des tiques guide les interventions cliniques et de santé publique afin de prévenir, de détecter et d’atténuer les séquelles de la maladie de Lyme en Ontario,

Encadré 1: À propos de la maladie de Lyme

Variant d’une personne à l’autre, les symptômes de la maladie de Lyme apparaissent habituellement de 3 à 30 jours après avoir été piqué par une tique à pattes noires infectée. La plupart des gens ressentent des symptômes légers semblables aux symptômes de la grippe, tandis qu’un petit nombre peuvent présenter des symptômes plus graves, parfois des semaines après la piqûre, comme : une éruption cutanée, parfois en forme d’éruption concentrique, de la fièvre, des frissons, des maux de tête, de la fatigue, des douleurs musculaires et articulaires et l’enflure des ganglions lymphatiques.

S’ils ne sont pas traités, des symptômes plus graves peuvent se produire et durer pendant des mois, voire des années, notamment :

  • des maux de tête sévères,
  • une éruption cutanée caractéristique d’un érythème migrant supplémentaire
  • la paralysie faciale (p. ex., paralysie de Bell)
  • les douleurs intermittentes musculaires, des os, des articulations et des tendons
  • les troubles cardiaques
  • des troubles neurologiques
  • de l’arthrite accompagnée de douleurs articulaires et d’enflure graves.

Dans de rares cas, la maladie de Lyme peut entraîner la mort, généralement en raison de complications liées à l’infection du cœur.

Source : Gouvernement du Canada, https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/maladie-lyme/symptomes-maladie-lyme.html

Références

1 Nelder MP, Wijayasri S, Russell CB, Johnson KO, Marchand-Austin A, Cronin K, Johnson S, Badiani T, Patel SN, Sider D. La poursuite de la progression de la maladie de Lyme en Ontario, Canada en 2017. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2018;44(10):262-8. En ligne : https://doi.org/10.14745/ccdr.v44i10a01f.

2 Bouchard C, Dibernardo A, Koffi J, Wood H, Leighton PA, Lindsay LR. Augmentation du risque de maladies transmises par des tiques en raison des changements climatiques et environnementaux. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2019 45(4):89–98. En ligne : https://doi.org/10.14745/ccdr.v45i04a02f

3 Tendances liées aux maladies à déclaration obligatoire en Ontario, Santé publique Ontario, Lyme Desease, Summary 2017. En ligne :  https://www.publichealthontario.ca/data-and-analysis/infectious-disease/reportable-disease-trends-annually#/34

4 Monthly Infectious Diseases Surveillance Report (February 2019), Reportable disease cases by month in Ontario, 2018, Public Health Ontario. En ligne : https://www.publichealthontario.ca/-/media/documents/surveillance-reports/infectious/surveillance-report-infectious-diseases-jan-dec-2018.pdf?la=en

5 Kulkarni M, Kryuchkov R, Statculescu A, Thickstun C, Dibernardo A, Lindsay L, Talbot B. Distribution géographique de la tique Ixodes scapularis et taux d’infection en 2017 à Ottawa (Ontario), 2017. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2018; 44(10):269-75. En ligne :  https://doi.org/10.14745/ccdr.v44i10a02f

6 Leighton PA, Koffi JK, Pelcat Y, Lindsay LR, Ogden NH. Predicting the speed of tick invasion: an empirical model of range expansion for the Lyme disease vector Ixodes scapularis in Canada. J Appl Ecol 2012;49(2):457–64. En ligne : https://doi.org/10.1111/j.1365-2664.2012.02112.x

7 Scott JD, Anderson JF, Dur den LA, Smith ML, Manord JM, Clark KL. Prevalence of the Lyme Disease Spirochete, Borrelia burgdorferi, in Blacklegged Ticks, Ixodes scapularis at Hamilton-Wentworth, Ontario. Int J Med Sci 2016; 13(5):316-324. doi:10.7150/ijms.14552. En ligne : http://www.medsci.org/v13p0316.htm